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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 13:49
Un groupe de travail de l'association ECRIN vient de nous pondre un rapport ambitieux intitulé Prospective sur les carburants - éléments de réflexion sur l'évolution de l'offre et la demande en couples moteur-carburant à l'horizon 2050.

Hélas ! En fait de prospective, c'est une véritable rétrospective qui nous est offerte, avec des informations certes intéressantes et rarement publiées sur, par exemple, l'évolution du mix énergétique de la SNCF au XXème siècle. La prospective proprement dite ne représente que 7 des 54 pages qui constituent cet opuscule.

Les auteurs se prétendent "scientifiques", mais leurs titres aussi creux que ronflants  - "responsable de la veille moteurs", "ingénieur carburants, prospectives", "délégué recherche carburants", "coordinateur technique"... - pourraient laisser croire qu'il s'agit d'un quarteron de placardisés.

Mais trève de procès d'intention, venons-en au fond.

Etonnant : ce rapport fait l'impasse totale sur les agro-carburants. En cherchant bien, on trouve pourtant trois fois le mot "éthanol" : la chose est donc connue, à défaut d'être étudiée.

Surprenant : on trouve une seule fois le terme "CO2" et deux fois l'expression "gaz à effet de serre". Personnellement, nous aurions du mal à écrire 50 pages sur les carburants du futur sans faire référence à ces gaz et leurs effets réchauffants au moins une fois par page... Nous n'avons pas compté l'expression "effet de serre" qui revient deux fois, elle aussi, parce que ces occurrences sont localisées dans un texte que les auteurs ont intégralement pompé : l'introduction d'un autre rapport, vraiment sérieux celui-là, rédigée par Christian de Boissieu.

Exaspérant : les auteurs se considèrent comme faisant partie des "pays les plus développés" alors que le Japon ou la Corée du Sud ne sont que des pays "développés" (page 42).

Navrant : la conclusion, en page 46 :
Quelle pourrait être l'équilibre offre-demande en 2050 pour les différents modes de transports ? De fait, il est impossible de répondre à une telle question compte tenu du couplage plus ou moins important avec la croissance mondiale, de la population, comme de l'économie.
Voilà une réflexion qu'elle est bonne et qu'aurait dû se faire le groupe de travail avant de commencer à écrire ! Cela lui aurait permis de traiter correctement la question qui lui était posée, plutôt que de chercher à nous apitoyer sur la disparition passée des voies romaines en France.

Sans se démonter, les auteurs s'attribuent eux-mêmes un zéro pointé :
La question de fond réside plutôt dans la possibilité pour les différents moyens de transport de se développer de façon durable, c'est-à-dire, à des échéances toutefois non connues précisément : en limitant, voire en réduisant leur impact sur la santé et l'environnement [et] en s'adaptant à une baisse inéluctable des ressources fossiles (à des échéances toutefois non connues précisément)
On appréciera les précautions extrêmes prises sur les échéances, à l'heure où celles-ci deviennent consensuelles et estampillées des sources les plus autorisées : ainsi, dans le fameux rapport du Comité d'Analyse Stratégique (ex-Commissariat au Plan) donné en lien plus haut, il est quand même écrit en gras que "le pic pétrolier marquant le début de raréfaction de la ressource se situerait entre 2020 et 2030".

Mais comment peut-on oser écrire plus de cinquante pages de "prospective sur les carburants" sans s'intéresser un instant à la question des ressources ?

Tentons un peu de sérendipité. Le style général est vieillot, les camemberts Excel ne font pas appel aux options "motifs et textures" avancées qui font aujourd'hui le délice des bloggeurs, les exemples concrets évoquent le parfum suranné des Trente Glorieuses - une note de bas de page parle de la Renault Dauphine presque comme Proust le faisait des madeleines - et le peu d'intérêt déjà souligné pour les questions environnementales forment un faisceau de présomptions.

Ce document est probablement l'oeuvre d'une bande de papy-boomers nostalgiques de l'époque ou Science, Technique et Progrès était les fondements du plan quinquennal co-rédigé entre hauts fonctionnaires de l'Etat et "pantouflards" à la SCNF, chez Renault ou chez Elf, et pour qui le rapport Meadows est une somme d'élucubrations de gauchistes écologistes radicaux.

Depuis, le mur de Berlin est tombé, la France n'est plus qu'une petite partie de l'Europe... et la concentration en dioxyde de carbone continue de croître de plus de 2 ppm par an.

Tels Godefroy et Jacquouille la Fripouille, voici d'autres valeureux Chevaliers de la Terre Plate qui se retrouvent perdus dans notre monde post-moderne et fini.

Vous l'avez compris, quitte à lire de la prose officielle, il vaut mieux lire les perspectives énergétiques françaises à l'horizon 2020-2050.
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