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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 22:18
Pardon à Aurélie Filippetti pour avoir détourné le titre de son roman autobiographique, Les derniers jours de la classe ouvrière, mais l'occasion était trop belle.

Le président d'Airbus, Thomas Enders, prévoit des jours vraiment très sombres à l'avionneur qu'il dirige. Lors de sa conférence de presse de ce jeudi à la Fédération allemande de l'aéronautique (BDLI), il a avoué que :
Très certainement, les années les plus dures sont devant nous. Le plan Power8 a été conçu avec un dollar à 1,30 ou 1,35 euro, mais il est aujourd'hui à 1,60.
Il est amusant d'entendre les dirigeants d'Airbus expliquer que leur n-ième plan d'amélioration n'a pas été conçu pour le bon niveau du dollar. En ingénierie aéronautique, on ne dimensionne pas pour la valeur typique, mais bien pour la valeur maximale ; apparemment, ce genre de raisonnement n'est plus valable en gestion d'entreprise.

Au-delà de cette boutade, il faut bien voir que M. Enders a encore un peu de mal à dire les choses crûment.

Depuis 2000, Airbus s'est démené pour engranger un maximum de commandes, de façon à rester l'avionneur numéro un devant Boeing. Mais, tel un fonds d'investissement gavé de titres indigestes avec plein de morceaux de crédit subprime dedans, le carnet de commandes de l'avionneur européen est aujourd'hui toxique.

Il en effet rempli de commandes fermes d'avions qu'il va falloir fabriquer en payant des Euro aux fournisseurs et aux salariés, pour obtenir ensuite en échange une enveloppe de dollars qui est loin d'avoir la valeur convenue au moment de la signature du contrat.

Autrement dit, il est probable qu'Airbus perde de l'argent sur une grande partie des avions qu'il doit aujourd'hui livrer. Qu'un client annule sa commande de temps en temps doit donc en fait plutôt faire pousser de grands soupirs de soulagement à Toulouse.

De deux choses l'une. Soit de nombreuses compagnies aériennes disparaissent bientôt, réduisant ainsi l'importance du festin empoisonné, et alors Airbus est sauvé... mais n'a plus de clients. Soit Airbus est contraint à un sévère downsizing, comme par le passé les charbonnages, la sidérurgie ou les chantiers navals, et deviendra un acteur secondaire face à Boeing ou l'industrie aéronautique des BRICS.

Dans tous les cas, la flotte aérienne mondiale ne sortira pas grandie de cette crise. Une bonne partie des avions destinés au transport des masses vers des lieux ensoleillés risquent de finir dans une version moderne et post-industrielle du cimetière des éléphants. Seule l'aviation de la jet-set continuera de strier les cieux, laissant les habitués de la classe économique sur le tarmac.

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Published by Aerobar Films - dans Transports futurs
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commentaires

Imago 25/04/2008 08:41

"Seule l'aviation de la jet-set continuera de strier les cieux"
Je me le demande, pour l'instant les infrastructures (aéroports, entretien des avions, contrôle aérien, formation, etc.) sont supportées par tous les usagers, s'il n'en reste plus qu'une poignée ils auront intérêt à être vraiment très riches ou prêts à piloter eux-mêmes des avions qu'ils sauront entretenir, un peu comme au début de l'aviation, mais avec des tonnes de règlements en plus :-)

Aerobar Films 25/04/2008 10:36


Une grande partie des infrastructures sont ou ont été financées par les Etats - et donc les contribuables (particuliers et entreprises).

Mais effectivement, il va y avoir des fermetures d'aéroports dans les prochaines années.


Phyvette 24/04/2008 23:31

On ne m'enlèvera pas de l'idée que la glissade du dollar est plus politique qu'économique ou au moins les deux .

Cette baisse qui réjouie les tenant de la chute de l'empire n'est rien d'autre que la volonté étasunienne de se servir de la monnaie comme d'une arme.

Toute la baisse leur profite , elle freine les exportation de la Chine aux usa , les importation de pétrole de l'étranger . Comme le démontre le billet si dessus elle sape la compétitivité de la concurrence .

Les entreprise us étant très internationale elles rapatries des bénéfices en monnaies fortes .

Il ont joué la baisse du brut pour finir l'URSS ( cf : Eric Laurent). pourquoi ne pas recommencer puisque ça marche mais dans l'autre sens .

Les dirigeants de ce pays indiquent implicitement à leur population que "l'Américan Way of lift" , c'est fini , sans le dire clairement ,d'autre s'en chargeront ( cf : "Propaganda" de E. Bernays ).

Trop fort.

Aerobar Films 25/04/2008 08:18


De toute façon, les USA ont-ils le choix pour améliorer leurs finances ?