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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 12:17
The Independent a publié il y a très exactement un mois une interview de Fatih Birol, chef économiste de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE). Une traduction intégrale est disponible ici.

Nous sommes loin des discours lénifiants d'il y a quelques années. M. Birol commence en effet très fort dès le premier paragraphe (le passage en gras a été repris comme titre de l'article) :

Nous sommes sur à la lisière d'un nouvel ordre énergétique. D'ici les prochaines décennies, nos réserves de pétrole vont commencer à s'épuiser et il est impératif que les gouvernements des pays producteurs et consommateurs se préparent à ce moment. Nous ne devons pas nous cramponner au brut jusqu'à la dernière goutte - nous devons abandonner le pétrole avant qu'il ne nous abandonne. Cela implique de trouver bientôt de nouvelles approches.

Belle entrée en matière. On attend avec impatience que les deux mots magiques soient prononcés, et cela vient dans le paragraphe suivant :

Des fusions et des acquisitions permettront aux grandes compagnies pétrolières privées ("Big Oil") de reconstituer leurs réserves pendant quelques temps, et de nouvelles technologies leur permettront d'étendre la durée de vie des champs existants et de puiser dans des gisements d'importance marginale et difficiles d'atteinte. Mais cela ne changera pas le problème sous-jacent. La production pétrolières des compagnies nationales atteint son maximum ("is reaching its peak"). Elles vont devoir trouver de nouvelles façons de conduire leurs activités.

Si les compagnies privées sont au plateau et que les compagnies publiques sont au maximum, cela ne nous laisse pas beaucoup de marge de progrès... Alors, quelles alternatives ?

Des prix élevés du pétrole rendent rentables la production de carburant à partir de sources non conventionnels comme les sables bitumineux. mais cela requiert énormément d'énergie, principalement du gaz naturel, et le procédé émet plein de CO2. Les sables bituminueux sont attrayants, mais, de même que les biocarburants, ils ne remplaceront jamais le pétrole du Moyen-Orient.

Rarement ces deux solutions alternatives n'auront été écartées aussi rapidement d'un revers de la main par une source hautement autorisée ! Les biocarburants, toutes générations confondues, n'ont même pas droit à une phrase complète. Etonnamment, la seule solution évoquée reste hyper-technologique :

Sur le long terme, nous devons introduire de nouveaux moyens de transport, probablement la voiture électrique, l'électricité étant fournie par des centrales nucléaires.

Pas un mot sur les économies d'énergie : est-ce un oubli, ou bien l'AIE estime-t-elle que leur potentiel est insuffisant pour adresser la raréfaction de l'huile ? De toute façon, le techno-optimisme affiché ci-dessus est vite tempéré par la toute dernière phrase :

La chose vraiment importante est que même si nous ne sommes pas encore en train de manquer de pétrole, nous manquons de temps.

Pour terminer sur une note plus légère, on notera que l'AIE, pourtant formée d'économistes et non de géologues ou de spécialistes de l'industrie pétrolière, reste toujours modeste sur le prix maximal du pétrole, même si elle reconnaît qu'il va continuer à monter :

Qu'est-ce que cela signifie pour le prix du pétrole ? Si les producteurs n'apportent pas plein de pétrole sur les marchés, nous pourrions voir des prix très élevés - peut-être $150 le baril de pétrole d'ici 2030.
Il ne faudrait pas donner de mauvaises idées à l'OPEP...

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commentaires

Antoine 10/05/2008 11:33

Ne pas se faire d'illusion avec l'utilisation de l'électricité d'origine nucléaire pour remplacer les carburants.

Lire ici ( http://travail-chomage.site.voila.fr/energie/fin_uranium.htm )
une étude de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) sur l'utilisation de l'hydrogène pour remplacer le carburant des véhicules à moteur aux Etats-Unis.

Les besoins en énergie sont semblables que l'on passe par la démesure de l'hydrogène ou celle de l'électricité.

Citation : "Cela entraînerait une consommation supplémentaire de 145.000 tonnes d'uranium par an, alors que la consommation mondiale actuelle est de 67.000 tonnes et celle des Etats-Unis de 17.600 tonnes.

Cela représente neuf fois la production d'électricité nucléaire aux Etats-Unis (787 TWh en 2006 avec une capacité installée de 99 GWe net). La construction de 900 réacteurs de 1.000 MWe serait nécessaire pour satisfaire cette demande d'hydrogène. Avec une autre technologie, non disponible avant 2030, l'AIEA (IAEA) indique 560 réacteurs spécialisés (procédé thermo-chimique à haute température) pour produire l'hydrogène."

(voir le lien dans "site")

Aerobar Films 10/05/2008 18:05


560 réacteurs, ça peut paraître énorme, mais ça ne fait "que" 11 réacteurs par Etat, et là, le chiffre peut paraître réaliste...


Aerobar 02/04/2008 16:43

J'ai bien fait attention en recopiant, il s'agit bien de $150...

L'AIE est un organisme qui représente essentiellement des pays consommateurs, il serait mal placé de leur part d'annoncer des prix élevés ! Ca serait reconnaître implicitement que ces pays seraient prêts à l'acheter à ce prix !

De notre côté, nous pronostiquons un record 2008 à $130 minimum... et sans doute un passage de la barre des 1000 dollars courants d'ici 2030, comme illustré ici : http://aerobarfilms.over-blog.com/article-18218145.html

Imago 02/04/2008 16:10

150$ le baril d'ici 2030, c'est plutôt extrêmement optimiste comparé au ton du texte précédent...

C'est pas plutôt 1500 ?