Si la paix mondiale se poursuit encore pendant de nombreuses années - on peut toujours espérer - il est probable que nous assistions à la fin d'une industrie qui, pourtant, se présente
aujourd'hui comme renaissant de ses cendres : l'énergie nucléaire.

Cette industrie est née de l'effort de guerre. Les réacteurs à
eau pressurisée qui peuplent les campagnes de France et d'autres pays sont dérivés de réacteurs initialement conçus pour équiper des sous-marins. Si la construction des bombes A n'avaient pas
nécessité la construction d'une filière industrielle d'enrichissement d'uranium et de production de plutonium, aucun industriel ni même aucun Etat en paix n'aurait consacré les moyens financiers
pour créer
ex nihilo l'amont de l'électronucléaire, une fois la paix rétablie. Et seules la conception et la fabrication de la bombe A permettent de justifier, aux yeux d'une nation, la
création des universités et des centres de recherche à même de former les milliers de physiciens, d'ingénieurs et de techniciens nécessaires à l'élaboration d'une filière électronucléaire.
Aujourd'hui, on nous annonce le nucléaire civil comme en plein redécollage. Réchauffement climatique et épuisement des combustibles fossiles rendraient cette énergie incontournable.

Mais dans les faits, les projets réels sont peu nombreux et traînent
en longueur. Les jeunes ingénieurs ne rêvent plus des carrières atomiques de leurs aînés. Les économistes rappellent que, dans tous les scénarios, le nucléaire ne restera que la portion congrue
du
mix (en français :
tartiflette) énergétique. Certains doutent qu'on puisse trouver suffisamment d'uranium fissile sous terre
pour simplement satisfaire les besoins actuels d'ici seulement quelques décennies. Le développement de la fameuse
Génération
Quatre, qui produit plus de combustible qu'elle n'en consomme, progresse tel un glacier : son avancée semble inexorable, mais l'évaporation de ses ressources en menace plus sûrement
l'existence. Les démocraties occidentales peinent à imposer de nouveaux réacteurs auprès d'une population de plus en plus méfiante vis-à-vis des prétendues sources de bienfaits technologiques.
Les pays émergents, nouvel eldorado atomique, posent des problèmes de prolifération. Et à trois milliards d'euro les 1500 MW installés, l'investissement reste hors de portée de l'opérateur
électrique ordinaire - sans parler des coûts de démantèlement qu'il faut provisionner.
Bref, l'industrie électronucléaire est trop lourde. Sans de vaillants (et riches) militaires pour en co-supporter la charge, elle s'essoufle, elle suffoque sous son propre poids. L'atome civil se
meurt, non pas sous les coups de ses détracteurs, mais de sa propre obésité, inscrite dans ses gènes.
Voilà sans doute pourquoi la moindre éolienne déclenche la fureur de beaucoup d'ingénieurs nucléaires : refusant le triste destin de la technologie à laquelle ils ont consacré leur vie
professionnelle, ils voient, dans ces modernes moulins trop visibles, de commodes boucs émissaires.
"Elles sont trop vertes, disent-ils,
et bonnes pour les goujats !"
Il est vrai que l'éolien lui-même connaîtra probablement quelques
accidents de parcours. On constate déjà aujourd'hui un
désamour des investisseurs pour les fermes éoliennes en pleine mer, alors qu'elles était présentées par les experts de la question comme l'avenir du secteur il y a un an encore.
Mais, malgré de telles péripéties, les éoliennes continuent de fleurir sur la surface terrestre, alors que les centrales nucléaires qu'on nous annoncent aujourd'hui resteront peut-être toujours à
l'état de dragons de papier.
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Cet article a également été publié sur NaturaVox