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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 13:41
Attention : ce qui suit révèle une partie (seulement) de l'oeuvre commentée.

"Le 11 Septembre revisité par la génération YouTube". C'est à peu près tout ce qu'on peut lire aujourd'hui comme critiques sur le film Cloverfield, sorti récemment sur les écrans.

undefinedUne telle interprétation est évidemment superficielle. Que voit-on dans ce film ? Une jeunesse dorée, urbaine et américaine se trouve brutalement plongée en plein cauchemar. Des créatures monstrueuses détruisent leurs idéaux (la Statue de la Liberté), leurs solutions de mobilité (voitures, métro, hélicoptères) et leurs habitations, avant de s'en prendre à eux et de les faire mourir dans d'atroces souffrances. Seul l'Etat militaro-policier survit à ce chaos, on le comprend dès les premières images.

Qui sont les monstres ? Tout d'abord, un Destructeur dans le plus pur style Godzilla (quoique on pourrait aussi évoquer King Kong ou le Bonhomme Marshmallow de Ghostbusters), gigantesque, effroyable et indestructible. Certains lui trouvent des ressemblances avec le Cthulhu de Lovecraft. Pour nous, il s'agit clairement du système financier mondial qui échappe à ses créateurs et ravage aveuglément leur univers.

En effet, les auteurs du film eux-mêmes l'avouent : ce monstre vient de naître et casse tout plus par panique que par dessein. Quelle ville évoque le mieux la finance mondiale ? New York évidemment. Quelle est la première action connue du géant reptilien, avant même de décapiter le chef-d'oeuvre de Bartholdi ? Couler un pétrolier dans le port de New York : autrement dit, sa première cible a été le marché des commodités, dont le pétrole est le représentant le plus emblématique. La fureur maladroite du titan en détruit le marché physique, de même qu'aujourd'hui l'omniprésence des fonds d'investissement sur les marchés des matières premières fait tellement flamber les prix que la demande se fait détruire, alors que l'offre est encore satisfaisante.

On voit ensuite de petites créatures, versions évoluées de l'avatar en forme de crabe d'Alien, tomber du monstre occupé à détruire les bâtiments et s'attaquer aux individus : il s'agit bien évidemment d'une métaphore des crédits à taux variables, qui mordent jusqu'au sang leurs malheureuses victimes et compromettent à terme leurs espoirs de survie (nous essayons d'éviter le piège du spoiler dans cet article, il y aurait plus à dire).

La volonté des auteurs de filmer l'intégralité de l'oeuvre en caméra subjective par pratiquement toujours le même observateur a un effet négatif sur le rythme global. Mais il était difficile de faire autrement : le but était bien de montrer la catastrophe du seul point de vue de la "génération sacrifiée" des moins de trente ans, dont l'avenir est durablement bouché. Les autres classes d'âge ont en effet évacué les lieux de la catastrophe avec l'aide des autorités, et n'auront de la crise qu'une vision atténuée par l'éloignement.

Que signifie le titre "Cloverfield" ? littéralement, "champ de trèfles". Mais en anglais, to live in clover (litt. "vivre dans le trèfle") se traduit par "vivre comme un coq en pâte". Le film joue de ce décalage entre l'enfer que vivent les héros et les images mièvres du bonheur yuppy d'avant le surgissement du monstre : alcool, musique, jobs haut de gamme et "bonnes journées" passées au parc d'attractions de Coney Island.

"Cloverfield", c'est donc le nom de code de ce paradis, désormais perdu et dévasté par des calamités financières échappées d'une boîte de Pandore.

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Published by Aerobar Films - dans On a vu - on a lu...
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commentaires

Glopf 28/02/2008 10:38

Quel style ! Une interprétation du film vraiment brillante ! Ton texte fait honneur à un film dont on parlera encore, j'en suis sûr, pendant longtemps...