
On a déjà évoqué sur ce blog le manque de stabilité des modèles de prévision de
production pétrolière, et notamment
celui de Colin (un prénom bien trouvé pour quelqu'un qui s'intéresse au pic) Campbell. Une
comparaison simple entre deux "
runs" de son modèle (celui de 2003 et celui de 2006) permet de constater que ses prévisions annuelles sur les prochaines années sont loin d'être stabilisées
(10% d'écart entre la prévision à A+4 de 2003 et celle à A+1 de 2006), ce qui nous a permis d'établir une première estimation de l'imprécision du modèle (3% par année dans le futur, à la hausse
comme à la baisse).
Cette estimation est corroborée par le passé. Si on regarde comment a évolué l'augmentation de la production annuelle de pétrole ces vingt dernières années, on s'aperçoit qu'elle varie
quasi-aléatoirement entre -2 et 5%, soit une imprécision d'une année sur l'autre de ±3,5% par rapport à la tendance moyenne.

Il n'y a aucune raison pour que, dans les dix prochaines années,
le caractère chaotique de cette progression - reflet de la complexité de notre monde multipolaire et non plus de la grossièreté d'un modèle mathématique - ne se maintienne pas, que ce soit à
la hausse ou à la baisse.
Compte tenu du caractère arrondi des pics prédits par les modèles mathématiques à la Campbell, l'imprécision de 3% par an sur la valeur de production au pic entraîne par une imprécision d'environ 3
ans autour de la date théorique du pic (elle-même difficile à distinguer dans un bruit de 3% par an), ce qui est parfaitement en phase avec la position de Lahérrère, qui estime impossible d'être
plus précis que la décennie.
Cette incertitude a quelque chose d'étonnant pour un phénomène qu'on peut parfois sentir proche et donc prévisible par calcul. Il en est pourtant de même de la météo : il est impossible de
déterminer, même le premier jour de la deuxième quinzaine de juin, quel sera le jour le plus chaud de ce mois avant qu'il ne soit totalement écoulé. Tout soi-disant météorologue qui prétendrait le
faire en vous présentant des extrapolations des températures des derniers jours sous forme de belles courbes en cloche ne serait qu'un cuistre.