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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 16:46
La question du pic pétrolier se traite généralement par la publication d'une profusion de courbes colorées, que certains comparent à un plat de spaghetti cuisiné à la façon de Marimekko.

Pour situer le pic, on considère alors que la vérité doit se situer entre la courbe la plus optimiste et la plus pessimiste - mais plutôt quand même du côté de la courbe pessimiste car ceux qui l'ont établie sont des preux chevaliers en quête de la vérité, combattant les méchants dragons du lobby pétrolier, de l'OCDE et du néo-libéralisme.

Dans ces chefs-d'oeuvre de modélisation mathématique (la "courbe logistique ajustée aux URR à périmètre constant" n'est-elle pas une percée conceptuelle majeure ?), on oublie systématiquement de procéder à quelques modestes calculs d'erreurs : pourtant, seuls ces derniers permettent de donner un minimum de crédit scientifique à la démarche employée.

Curieusement, les piquistes se débrouillent pour ne pas publier les éléments qui permettraient de faire de tels calculs. L'incontournable Colin Campbell, qui fit beaucoup pour la reconnaissance du pic pétrolier par le grand public, se garde bien de maintenir en ligne l'intégralité des versions successives de son modèle. Un tel jeu de données permettrait pourtant, par analyse statistique, de calculer l'incertitude propre à la méthode utilisée par le modèle.

Nous avons réussi à retrouver une archive des fameuses "newsletters de l'ASPO" et simplement comparé les valeurs prévues pour cette année 2008 telles qu'elles avaient établies en 2005 et telles qu'elles sont maintenant publiées.

L'erreur semble minime : de l'ordre de 3% par an. Une paille ! Mais l'erreur se cumulant année après année, elle atteint 6% sur 2 ans, près de 10% sur 3 ans... et 30% sur une décennie ! Voici alors la fameuse "courbe de l'ASPO" (faiblement) encadrée par sa marge d'erreur :

undefinedOn comprend mieux pourquoi Campbell n'a jamais fait étalage de ses calculs d'incertitude, s'il les a jamais faits. Son modèle est tellement imprécis qu'il n'est même pas capable de démontrer l'existence d'un pic d'ici 2050 ! Il faudrait pour cela qu'il puisse prouver que sa marge d'erreur reste inférieure à 2% jusqu'en 2030 au minimum.

On peut éventuellement contester que l'erreur croisse arithmétiquement avec les années : ce billet n'a pas valeur de démonstration mathématique rigoureuse. Toutefois, l'expérience semble pour le moment vérifier cette hypothèse.

Il ne s'agit pas ici de nier l'existence d'un prochain pic pétrolier, mais bien de souligner la fragilité actuelle de certains arguments : on se gausse souvent des anciennes prédictions de l'AIE ou de l'EIA, par exemple avec leur scénario "fourchette haute" affichant un baril à 30 dollars jusqu'en 2050, mais celles de Papy Campbell ne valent pas tellement mieux : en 2005, il nous annonçait sans rire un pic pointu en... 2007.

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commentaires

Beurk(alias abc sur oléocène) 15/05/2008 19:37

Non, les erreurs ne s'ajoutent pas d'années en années, sauf si les incertitudes jouent toujours dans le même sens, ce qui, dans un cas comme celui-ci est hautement improbable. En supposant l'indépendance des erreurs(i.e: l'incertitude entre l'année t et l'année t+1 n'influe pas sur celle entre t+1 et t+2), au bout de n années, elle est multipliée par racine(n). Je soupçonne en fait qu'il n'y a pas indépendance, car des phénomènes de compensation jouent: si la production est plus faible que prévue une année n, c'est parce que la production a été modérée, ce qui peut permettre une hausse plus forte par la suite.
Bref, si on peut à juste titre reprocher à Campbell de ne pas fournir d'intervalle pour la date du pic plutôt qu'une date, il ne faut pas exagérer non plus.

Aerobar Films 15/05/2008 21:36


Il s'agissait là d'une première approche d'encadrement de la célèbre courbe de Campbell, et non d'une démonstration définitive.

Vous dites : "les erreurs ne s'ajoutent pas d'années en années, sauf si les incertitudes jouent toujours dans le même sens, ce qui, dans un cas comme celui-ci est hautement improbable"
Oui mais le principe du calcul de l'incertitude (et non de celui d'une marge d'erreur) consiste à déterminer la fourchette dans laquelle se trouve la valeur réelle, aussi improbable soit-elle.

Il y a effectivement un phénomène d'interdépendance, puisque la surface de la courbe est égale aux fameuses URR. Mais il faut alors savoir déterminer l'incertitude qui règne sur ces URR, qui sont
loin d'être une constante universelle !

Pour l'instant, nous avouons ne pas saisir complètement votre raisonnement qui amène à une incertitude proportionnelle à racine(n), pourriez-vous développer ?


Jojo 09/05/2008 09:55

Que peut on reprocher aux personnes qui anticipent la date des pénuries de pétrole ?
Même si cela pousse la France à être indépendant énergiquement et à moins polluer bien avant le pic où est le problème ?
Vaut il mieux croire à des réserve fini ou une quantité de réserve inépuisable ?

Rappelez vous la cigale et la fourmis…

Aerobar Films 09/05/2008 16:46


Le problème est celui de Jacquou le Croquant : à crier au loup à tout de bout de champ pour se donner de l'importance, il finit par ne plus être très crédible.


postcarbon15 06/05/2008 10:42

Cet article entend descréditer le modèle de Colin Campbell mais c'est l'auteur qui se discrédite lui-même en publiant des informations scientifiquement fausses et des raccourcies douteux. Ainsi, si on compare le graph de Campell de 2005 avec celui de la "marge d'erreur", je ne vois pas où l'auteur voit la monstrueuse incertitude indiquée en grisée. D'ailleurs, les valeurs sont remarquablement proches de la réalité observés aujourd'hui ( pic à 85 Mb/d en 2007 ).
J'y vois plutôt une orientation idéologique si j'en juge par certains commentaires ironiques ( "les preux chevaliers combattant le libéralisme et les méchants lobbies pétroliers ").

Aerobar Films 06/05/2008 11:08


Des "informations scientifiquement fausses" ? Où ça ? Apparemment, vous ne savez pas ce que c'est que la propagation d'une incertitude. Pourtant, tout le monde sait par exemple qu'en prévisions
météo, la fiabilité décroit avec le temps. C'est la même chose avec les prévisions de pic pétrolier.

Quant à l'incertitude, elle reste de 3% minimum au vu de la dernière mise à jour effectuée par Campbell. "Remarquablement proche", ça veut tout et rien dire.


thomas 19/02/2008 09:20

Bonjour,
l'information principale, c'est que nous sommes actuellement entrés dans la zone du pic et de ses turbulences. Peu importe en fait de connaitre le jour exact, non ?

E2100 17/02/2008 11:18

Très clean. Ce genre de schéma remet les idées en place, et montre bien que nous sommes au mieux capables d'écrire des scenarios. D'ailleurs cette courbe a un petit côté GIEC :).