Vendredi 25 avril 2008
Dans les médias, il est courant de trouver tout et son contraire quand on parle d'élasticité de la demande en pétrole.

Qu'est-ce que l'élasticité de la demande ? Les économistes parlent plus précisément d'élasticité-prix de la demande : c'est une valeur qui caractérise en quoi la demande concernant un produit donné est sensible à son prix.

Les produits de luxe ont, par exemple, une élasticité positive : jusqu'à un niveau de prix très élevé, la demande augmente avec le prix ! A l'opposé, les produits grand public "superflus" comme les bananes ou les casquettes ont une élasticité négative : leur consommation s'effondre si le prix monte. Quant aux produits de première nécessité, leur élasticité est nulle : on les achète quel que soit le prix - jusqu'à un certain niveau bien entendu.

Nous avons décidé de nous faire notre propre opinion sur la question. Après un petit tour sur Wikipédia pour récupérer une définition consensuelle, nous avons donc rapproché les variations de la demande et les variations du prix du baril, grâce aux incontournables données BP. Il n'est pas possible de mesurer l'élasticité sur une période plus courte qu'une année, du fait des phénomènes de pompage entre production, consommation et stocks tout au long de la chaîne d'approvisionnement.
Mis à part 2002 qui est une année-charnière pour le prix du pétrole (alors de... $28 le baril en dollars 2006)  et au voisinage de laquelle la mesure n'est pas forcément représentative, on constate que la fameuse élasticité est quasi-nulle, et généralement très faiblement positive depuis... le deuxième choc pétrolier.

Autrement dit, le pétrole est bien aujourd'hui un produit de première nécessité. Et le caractère plat de l'élasticité-prix sur les dernières années laisse présager qu'on est encore loin de la zone de prix à partir de laquelle la consommation va chuter - et l'élasticité devenir négative.
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Jeudi 24 avril 2008
Pardon à Aurélie Filippetti pour avoir détourné le titre de son roman autobiographique, Les derniers jours de la classe ouvrière, mais l'occasion était trop belle.

Le président d'Airbus, Thomas Enders, prévoit des jours vraiment très sombres à l'avionneur qu'il dirige. Lors de sa conférence de presse de ce jeudi à la Fédération allemande de l'aéronautique (BDLI), il a avoué que :
Très certainement, les années les plus dures sont devant nous. Le plan Power8 a été conçu avec un dollar à 1,30 ou 1,35 euro, mais il est aujourd'hui à 1,60.
Il est amusant d'entendre les dirigeants d'Airbus expliquer que leur n-ième plan d'amélioration n'a pas été conçu pour le bon niveau du dollar. En ingénierie aéronautique, on ne dimensionne pas pour la valeur typique, mais bien pour la valeur maximale ; apparemment, ce genre de raisonnement n'est plus valable en gestion d'entreprise.

Au-delà de cette boutade, il faut bien voir que M. Enders a encore un peu de mal à dire les choses crûment.

Depuis 2000, Airbus s'est démené pour engranger un maximum de commandes, de façon à rester l'avionneur numéro un devant Boeing. Mais, tel un fonds d'investissement gavé de titres indigestes avec plein de morceaux de crédit subprime dedans, le carnet de commandes de l'avionneur européen est aujourd'hui toxique.

Il en effet rempli de commandes fermes d'avions qu'il va falloir fabriquer en payant des Euro aux fournisseurs et aux salariés, pour obtenir ensuite en échange une enveloppe de dollars qui est loin d'avoir la valeur convenue au moment de la signature du contrat.

Autrement dit, il est probable qu'Airbus perde de l'argent sur une grande partie des avions qu'il doit aujourd'hui livrer. Qu'un client annule sa commande de temps en temps doit donc en fait plutôt faire pousser de grands soupirs de soulagement à Toulouse.

De deux choses l'une. Soit de nombreuses compagnies aériennes disparaissent bientôt, réduisant ainsi l'importance du festin empoisonné, et alors Airbus est sauvé... mais n'a plus de clients. Soit Airbus est contraint à un sévère downsizing, comme par le passé les charbonnages, la sidérurgie ou les chantiers navals, et deviendra un acteur secondaire face à Boeing ou l'industrie aéronautique des BRICS.

Dans tous les cas, la flotte aérienne mondiale ne sortira pas grandie de cette crise. Une bonne partie des avions destinés au transport des masses vers des lieux ensoleillés risquent de finir dans une version moderne et post-industrielle du cimetière des éléphants. Seule l'aviation de la jet-set continuera de strier les cieux, laissant les habitués de la classe économique sur le tarmac.
par Aerobar Films publié dans : Air & Espace
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Mercredi 23 avril 2008
Dans les milieux économiques, quand on a trop utilisé l'expression "pays émergents", il reste un joker : BRIC.

BRIC, c'est une abréviation commode pour Brésil, Russie, Inde et Chine. On dit parfois BRICS pour inclure dans la liste l'Afrique du Sud (South Africa).

L'expression est jolie mais elle mêle des pays qui n'ont pas grand-chose à voir : le Brésil est un pays en émergence lente, la Russie est plutôt une ancienne grande puissance en ré-émergence et si Inde et Chine sont déjà plus proches du point de la vue de la géographie, il est néanmoins clair qu'on aurait du mal à confondre Bombay et Shanghai.

La crise financière actuelle, et probablement la récession qui va la suivre aux Etats-Unis, risque de faire éclater encore plus cet ensemble : Inde et Chine ont une économie en grande partie liée à celle des Etats-Unis.

Si la récession est vraiment là, les consommateurs états-uniens risquent de bouder les Chinese goodies étalés dans les rayonnages de Wal-Mart, et de moins fréquenter les call centers de la grande distribution, qui risquent d'être remplacés par des répondeurs automatiques.

Ajoutons à cela le protectionnisme rampant qui commence à hanter les couloirs de Washington et qui pourrait fermer encore plus l'accès au marché US des produits de l'Inde et de la Chine.

Brésil et Russie sont plus sereins : ils exportent leurs ressources naturelles plutôt que des heures de travail à bas coût. Et même quand les ménages occidentaux sont moroses, ils ont toujours besoin de céréales, de viande et d'hydrocarbures.
par Aerobar Films publié dans : Les billets aussi sont verts
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Mardi 22 avril 2008
On dit souvent "You are what you eat" - vous êtes ce que vous mangez.

Mais un récent article des Echos confirme que nous sommes plutôt ce que nous regardons, particulièrement à la télévision.

On avait déjà soulevé le fait qu'à trop regarder la société de consommation sur nos petits écrans, nous en oublions le mur qui était derrière.

Et la disparition possible de l'Internet grand public dans les prochaines années ne fera qu'accentuer le report de nos pupilles vers ces étranges lucarnes.

Pour en revenir à l'article du quotidien économique, une étude menée au Brésil démontrerait que les feuilletons pour ménagères de moins de 50 ans, qui "dégoulinent de bons sentiments et de gens fortunés", véhiculent également un message sociétal plus fondamental : le bonheur, c'est peu d'enfants.

L'étude constate une chute marquée de la fertilité, au fur et à mesure que la chaîne de télévision étend son réseau : les telenovelas (feuilletons) viendront-elles un jour à bout des favelas ?

La démographie est une vraie question du XXIème siècle et ce n'est pas un malheureux article de blog qui peut en faire le tour.

Mais cette capacité de l'humanité à être le miroir de ses images et non l'inverse laisserait penser que, plus sûrement que des taxes carbone ou une clean tech economy, c'est un recadrage en profondeur des valeurs propagées par la télévision qui s'impose.

Il faudrait fournir comme modèles aux télétoches, par exemple, de riches princes charmants ne se déplaçant qu'à vélo, ou des princesses enfilant force pulls en plastique recyclé plutôt que d'allumer l'affreux chauffage central sous le contrôle du méchant de service. Starsky et Hutch rattraperaient les vilains en prenant le métro et on verrait Popeye faire son comeback comme promoteur des épinards bio. Et on demanderait à Benny Hill de promouvoir les ampoules à faible consommation.

Lavage de cerveau ? Bien sûr. Mais il est tard pour s'en offusquer, depuis la profession de foi historique du patron de TF1 :
Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.
Puisque la télévision est une intoxication volontaire, pourquoi ne pas en faire profiter davantage les grandes causes publiques, plutôt que les causes privées ?
par Aerobar Films publié dans : Fin d'un monde
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Lundi 21 avril 2008
C'est au tour de Claude Mandil, ancien big boss de l'AIE, de dévoiler le fond de sa pensée dans ses propositions à la Présidence française concernant la sécurité énergétique de l'Union Européenne.

On y trouve, dès la page 4, une déclaration qui devient presque banale :
La sécurité à long terme de l’approvisionnement mondial en pétrole n’est pas assurée. Il est maintenant clair que les principaux pays producteurs, ceux qui disposent des réserves géologiques les plus importantes, ne souhaitent pas accroître leurs capacités de production à un niveau compatible avec l’évolution tendancielle de la consommation, car ils n’y voient pas leur intérêt, préférant garder pour l’avenir des sources de revenus dont ils n’ont pas besoin à court terme. Bien que les ressources géologiques soient sans doute plus importantes que ne le prétendent les pessimistes, il est de plus en plus communément admis que la production mondiale aura du mal à dépasser les 100 millions de barils par jour (contre 87 aujourd’hui) alors que la prolongation des besoins tendanciels conduit à une demande d’environ 120 mb/j en 2030 (AIE, World Energy Outlook). Le risque existe donc que le monde connaisse une crise pétrolière très sérieuse au cours de la prochaine décennie, avec des prix extrêmement élevés.
Pour ceux qui se souviennent des discours du même M. Mandil d'il y a quelques années, alors qu'il présidait l'AIE, ce changement de point de vue a une certaine dimension historique.

Mais ce n'est pas tout !
La sécurité à long terme de l’approvisionnement en gaz n’est pas mieux assurée que celle du pétrole, et pour les mêmes raisons : les pays producteurs, et en particulier les trois principaux, la Russie, l’Iran et le Qatar, qui disposent ensemble de 56% des réserves mondiales (d’après BP)
Quoi ! L'ancien Président de l'AIE, un organisme international issu de l'OCDE, siégeant à Paris et disposant d'une visibilité internationale égale à celle de l'OPEP, utilise les données publiques mises gracieusement au format Excel par BP chaque année !?! Plus loin, les montants des réserves sont à nouveau citées, mais avec le site Web de l'EIA comme source, cette fois-ci.

Cela confirme donc que l'AIE ne dispose d'aucune information privilégiée concernant les réserves - ou bien que M. Mandil est parti en mauvais termes avec l'Agence !

Ce document évite les incontournables en matière de blabla énergétique que sont les courbes, histogrammes et camemberts. L'emphase est donnée au qualitatif, ce qui fait qu'une part importante du problème énergétique (le charbon) est passé sous silence. C'est sans importance pour le lecteur averti, c'est plus gênant s'il est effectivement adressé à un Lecteur qui maîtrise mal jusqu'aux ordres de grandeur énergétiques, comme son dernier débat avec sa malheureuse adversaire l'avait établi.

Enfin, il se veut un appel à la considération de nos amis russes. Oh Frère Grand, comme tu as de grandes réserves de gaz...
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Lundi 21 avril 2008
Une critique édifiante du roman The Shell Game publiée par Publishers Weekly :
Même les fervents théoriciens de la conspiration resteront dubitatifs face aux sinistres intrigues gouvernementales qui forment le socle de ce fragile thriller politique. Alten, plus connu pour ses romans gore mettant en vedette des requins géants préhistoriques (Meg, The Trench), va bien au-delà de l'idée déjà exagérée que l'administration Bush a laissé les dévastatrices attaques du 11-Septembre se produire pour servir le programme néoconservateur de remodelage du Moyen-Orient. En 2012, alors que le conservateur centriste David McKuin (sic) siège à la Maison Blanche, le gouvernement fédéral projette de faire exploser une bombe nucléaire dans une ville américaine pour pouvoir en accuser l'Iran et prendre le contrôle radical de ce pays. Face aux comploteurs se dresse Ace Futrell, un expert en énergie dont l'épouse a peut-être été assassinée par les renseignements américains. Un maladroit mélange de personnalités politiques réelles et fictives (Hillary Clinton est encore au Sénat en 2012, après avoir perdu l'élection 2008 face à McKuin) ne rend pas ce livre paranoïaque et superficiel plus crédible.
Voici donc l'ère du sous-Clancy arrivé ! On frémit surtout à l'idée que ce film puisse être porté à l'écran...

Le shell game, c'est le jeu du bonneteau. Mais le titre a été évidemment  choisi pour que shell (coquillage) évoque la compagnie pétrolière anglo-hollandaise au logo de mollusque : pour que leurs avocats ne se soient même pas signalés, c'est que le bouquin ne doit pas valoir le dérangement.
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Vendredi 18 avril 2008
Le dernier rapport du GIEC (2007) avait pour objectif d'établir le consensus le plus large possible au sein de la communauté scientifique. Le résultat en fut une évaluation très modérée, pour ne pas dire timorée, des conséquences du réchauffement climatique.

Depuis un an environ, de nombreuses publications affichent des conclusions nettement plus inquiétantes. Ainsi, prenons l'élévation du niveau des mers.

Le GIEC l'estimait à 28 à 43 cm d'ici la fin du siècle. Une équipe de Britanniques et de Finnois viennent de publier les résultats de leur nouveau modèle, qui donne une élévation allant de 80 à 150 cm.

Sans doute pour culpabiliser les gros émetteurs de gaz à effet de serre, les conséquences d'une telle élévation sont exprimées dans la presse en millions de Chinois à déplacer d'ici 2100 - au bémol près que lesdits Chinois ne sont peut-être pas encore nés. 2100, c'est quand même dans longtemps.

Pourquoi aller si loin ? Grâce à Sea Level Rise, un petit plug-in de Google Maps, il est possible de visualiser l'effet d'une augmentation d'un mètre (ou plus) pour n'importe quelle région du monde, et donc par exemple pour le littoral du Nord de la France :


Où l'on constate qu'en 2100, la désormais très connue ville de Bergues (flèche verte), aujourd'hui à dix kilomètres de la mer à vol d'oiseau, sera devenu un charmant port de pêche...

Plus ennuyeux, toute la zone industrielle de Dunkerque - le port, les usines sidérurgiques et métallurgiques d'ArcelorMittal et d'Alcan, la centrale nucléaire d'EDF - sera isolée sur une presqu'île dans le meilleur des cas.

Enfin, le terminal routier du tunnel sous la Manche sera également noyé, si on ne le prolonge pas d'ici là de quelques kilomètres à l'intérieur des terres.

On ne la voit pas sur la carte, mais plus loin au Nord-Est, toute la zone industrielle d'Anvers, l'une des plus grosses régions émettrices de CO2 d'Europe de l'Ouest, sera également menacée par les eaux.

C'est ce genre de détails qui pourrait laisser croire à l'existence d'une justice immanente.
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Article publié également sur NaturaVox
par Aerobar Films publié dans : Gros temps sur la planète
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Mercredi 16 avril 2008
Tandis que le baril fait parler de lui quasiment tous les jours, le charbon liquéfié (coal-to-liquids ou CTL) poursuit sa lente mais sûre progression.

Si l'on en croit la dernière newsletter de FutureCoalFuels, le lobby états-unien qui en assure la promotion, le premier débouché en vue est le transport aérien, en concurrence avec le GTL (gas-to-liquids).

Sasol, l'industriel sud-africain qui en produit tous les jours par milliers de barils, a réussi un très beau coup en faisant certifier, par les différentes autorités aéronautiques internationales ad hoc, les carburants liquides que ses procédés sont capables de fabriquer. Il offre ainsi une alternative dûment labellisée à tous les pays qui dépendent fortement du transport aérien et qui disposent de charbon à défaut de pétrole : Etats-Unis, Australie, Chine, Russie... et même le Royaume-Uni.

Car il ne s'agit pas forcément de maintenir à flots les compagnies low-cost qui, de l'autre côté de l'Atlantique, ferment leurs portes les unes après les autres par cause de pétrole cher mais aussi par disparition subite du crédit bancaire, crise subprime oblige, par lequel ces compagnies se maintenaient à flot. Comme le signalait hier Les Echos :
En moins de dix jours, pas moins de cinq petites compagnies américaines ont en effet dû cesser leurs activités ou déposer le bilan. Dernier en date, Frontier Airlines s'est placé vendredi dernier sous la protection de la loi des faillites. La compagnie de Denver poursuit néanmoins ses opérations, contrairement à Aloha Airlines, ATA, Skybus et Champion Air, qui ont dû cesser tout ou partie de leurs opérations au début du mois. Si les profils de ces transporteurs divergent, tous se disent victime du baril à plus de 110 dollars.
Pour un pays "charbonnier", l'enjeu national du CTL est double : créer de l'emploi dans la filière charbon - en ces temps électoraux, voilà un argument qui fait sens - et disposer d'une source d'approvisionnement sûre pour son armée. La même newsletter de FutureCoalFuels signale en effet que l'US Navy envisage de construire une unité CTL dans l'Indiana, dans le sillage de l'US Air Force qui pense en monter une dans le Montana.
par Aerobar Films publié dans : Air & Espace
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Mardi 15 avril 2008
Un communiqué laconique - et encore à prendre au conditionnel - révèle que la compagnie brésilienne Petrobras aurait découvert un des plus importants gisements de pétrole mondiaux au large de Rio de Janeiro.

Il s'agit sans nul doute d'un gisement en eau très profonde, ce qui signifie que le pétrole qu'on en extraira coûtera un certain nombre de fois celui qu'on trouve encore à foison dans la péninsule arabique. Il ne devrait donc pas se vendre à moins de $50 actuels : cette découverte ne signe pas la fin du pétrole cher.

Elle ne signe pas non plus le report du pic pétrolier : le temps que les installations de production soient en place, il est probable que le pic soit déjà là. Et les débits qu'on peut attendre seront de toute façon insuffisants. Ce méga-gisement servira juste à prolonger le plateau de production que nous n'allons pas tarder à fréquenter, si ce n'est déjà fait comme le laisse penser le graphique ci-contre.

La conséquence majeure de cette découverte - et de la précédente, le gisement dit de Tupi - est surtout l'arrivée inattendue de Brésil dans le Top 10 des pays détenteurs de réserves de pétrole. En moins de deux ans, il est passé des profondeurs du classement à une enviable sixième place. D'ici quelques années, le temps que sa production soit au niveau de ses réserves, il jouera donc un rôle-clé sur le marché mondial du pétrole.


Avec une telle manne pétrolière en perspective, le Brésil devient probablement le pays dont on parlera le plus dans la prochaine décennie.

Nous vivons peut-être les dernières années où l'économie mondiale repose sur ce qu'on appelle la "mondialisation", à savoir l'exploitation massive de ressources humaines abondantes et à faible coût, qui a braqué les feux de la scène sur l'Inde et la Chine. Place désormais au monde de ressources rares d'Orsenna, dont les places les plus enviées seront réservées à ceux disposant encore de ressources naturelles à foison. C'est peut-être le moment qu'attendait le premier pays d'Amérique Latine pour prendre enfin son rôle de grande puissance mondiale, avec d'autres actifs tangibles que ses footballeurs vedettes. L'un des grands dangers à éviter pour l'économie brésilienne est la maladie anglo-hollandaise, qui gangrène les secteurs secondaires et tertiaires du fait de l'hypertrophie brutale du secteur primaire.

Le drapeau du Brésil est une véritable plaquette publicitaire : le vert y symbolise la forêt équatoriale - pour ceux qui préfèrent les biocarburants - et le jaune (or) les ressources du sous-sol. Quand aux étoiles, elles représentent les 26 états fédérés ainsi que le district de Brasilia ; leur disposition correspond à l’aspect du ciel de Rio de Janeiro, le 15 novembre 1889 à 20h30, à l'heure où la République fut proclamée.

Saluons donc la présence d'une démocratie dans ce club des riches qu'est l'ensemble des grands pays détenteurs de ressources rares, où les régimes autoritaires restent hélas nombreux.
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Article également publié sur AgoraVox et sur Yahoo!
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Lundi 14 avril 2008

Dans l'American Energy Outlook 2008 (AEO2008), la dernière publication de la prévision à long terme (2030) de l'Energy Information Administration (EIA), une sorte d'observatoire de l'énergie dépendant du puissant Department of Energy, il s'est produit un léger changement dans les courbes et tableaux.

A première vue, on trouve toujours des projections optimistes du prix du pétrole, si on se contente de regarder les images.

En deuxième approche, on s'aperçoit que le texte n'est pas tout à fait en phase avec les illustrations :
The real world crude oil price (which for the purposes of AEO2008 is defined as the price of light, low-sulfur crude oil delivered in Cushing, Oklahoma, in 2006 dollars) declines gradually from current levels to $57 per barrel in 2016 ($68 per barrel in nominal dollars), as expanded investment in exploration and development brings new supplies to world markets. After 2016, real prices begin to rise (Figure 1), as demand continues to grow and higher cost supplies are brought to market. In 2030, the average real price of crude oil is $70 per barrel in 2006 dollars, or about $113 per barrel in nominal dollars. Alternative AEO2008 cases address higher and lower world crude oil prices.
soit en français :
Le prix mondial réel du brut (qui, dans le cadre de l'AEO2008 est défini comme le prix du brut léger livré à Cushing en Oklahoma, en dollars 2006) descend graduellement des niveaux actuels jusqu'à $57 le baril en 2016 (soit $68 en dollars courants), des investissements accrus en exploration et développement apportant de nouveaux approvisionnements aux marchés pétroliers. Après 2016, les prix réels commencent à augmenter, la demande continuant à croître et des approvisionnements plus coûteux à produire arrivant sur le marché. Le prix moyen du brut est de $70 en dollars 2006, soit $113 en dollars courants. Des scénarios alternatifs présentent des prix plus élevés ou plus bas.
Nous attendons bien entendu de pied ferme ces scénarios alternatifs, qui devraient être rendus publics à la fin de  mois d'avril 2008. Rappelons qu'à l'AIE (Agence Internationale de l'Energie), le fameux "scénario de référence" est considéré par ses propres auteurs comme "impossible" ou tout au moins "catastrophique" (sur le plan des émissions de CO2).

Il est intéressant de noter cette année-charnière de 2016 où la tendance des cours s'inversera. Une sorte de "fond de vallée du prix" à mettre en relation avec... un pic de la production ?

Enfin, un mot a été remplacé par un autre. On commence à ne plus parler de "pétrole" mais de "liquides", comme le montre ce graphe de synthèse représentant l'évolution de la consommation états-unienne par source d'énergie.
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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