Dimanche 1 juin 2008
Après l'horreur de Mitsubishi de l'année dernière, penchons-nous un peu sur la pub actuellement utilisée par Volswagen aux Etats-Unis pour vendre son dernier 4x4 compact.


Sur le ciment du trottoir, à gauche, on aperçoit la roue d'un vélo délaissé, abandonné au profit du monstre 4x4 GTI pour la beauté duquel un yuppie californien gaspille quelques dizaines de litres d'eau.

L'image est lourde de sens, et la dernière phrase du boniment la place dans sa pleine dimension : It's what the people want - c'est ce que veulent les gens.

Si cette pub se trouve un jour déployée sur les panneaux d'affichage des grandes villes françaises, nul doute que certains "casseurs de pub" iront vite la barbouiller de graffiti, en hurlant à l'intoxication du bon sauvage qui sommeillerait en nous et que la société de consommation pervertirait.

N'est-ce pas plutôt confondre la cause et la conséquence ? Les publicistes exposent ce que nous voulons voir, faisant ainsi appel ce mécanisme d'empathie bien connu de tout commercial : on reformule toujours le besoin du client - une grosse voiture qui fait vroum vroum - avant de lui proposer ce qu'on souhaite lui vendre - le dernier modèle de chez VW.

Qu'on ne nous fasse pas croire que ceux que cible cette publicité n'ont jamais entendu parler de gaz à effet de serre, de réchauffement climatique, de raréfaction de la ressource en eau ou même de pic pétrolier.

Il nous faudra au moins une génération pour que les mentalités évoluent et que ce genre d'accroche visuelle ne fasse plus vendre. Pour l'instant, elle ne choque qu'une infime minorité qui n'est pas le "coeur de cible".

Voilà pourquoi il ne faut pas espérer que les émissions mondiales de gaz à effet de serre se stabilisent avant... 2030.
par Aerobar Films publié dans : Dérisoirement Durable
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Samedi 31 mai 2008
Le Modèle du Pétrole Exportateur (Export Land Model ou ELM) est une évidence trompeuse déguisée en pseudo-théorie géopolitico-économique.

 De quoi s'agit-il ? L'article que les communautaristes de TOD ont écrit sur wikipédia tente désespérement de rendre complexe sa simplicité. Pour parler le langage des économistes comme Caius Saugrenus dans Obélix et Compagnie :

"Toi produire menhirs. Beaucoup menhirs !
- Oui, de plus en plus ! Et moi vendre beaucoup menhirs aux Romains ! Eux fous...
- Mais village à toi acheter aussi menhirs !
- De plus en plus !
- Et donc, un jour toi vendre de moins en moins menhirs aux Romains, car village devenir premier client à toi et non plus Romains !
- Euh...
- Et donc Romains avoir de moins en moins de menhirs, avant même que Jour du Dolmen venir (NdT : expression désignant le maximum de production de menhirs)
- Ben oui, c'est logique ! Et alors ?
- Euh..."


 Remplacez les menhirs par le pétrole et vous aurez compris ce qu'est l'ELM. Hé oui, c'est aussi bête que cela ! Et même encore plus.

Car pour faire de belles courbes colorées pour appuyer leurs thèses, nos amis ELMistes font avec les moyens du bord. Ils n'ont comme chiffres à leur disposition sur Internet que, par pays, l'évolution de la production de brut et de la consommation nationale au fil du temps. Mais cette "consommation nationale" n'est pas limitée à celle du pays pour ses besoins propres : par exemple, on y trouve la consommation de ses raffineries, que les produits pétroliers ainsi obtenus soient massivement exportés ou pas.

C'est la raison pour laquelle, si vous regardez par exemple la consommation de l'Arabie Saoudite par habitant, celle-ci dépasse tous les records. Ce n'est pas parce que le roi Abdallah aurait installé une station olympique de ski fonctionnant au fioul dans ses appartements, mais tout simplement à cause de la consommation des raffineries du pays qui vendent ensuite l'essence, le gazole ou le kérozène à leurs clients étrangers.

Cela ne chiffonne pas plus que ça les ELMistes qui préfèrent publier de belles courbes fausses, plutôt que d'avouer leur incapacité à faire une analyse quantitative en toute rigueur.

Cette "théorie" simpliste de l'ELM repose par ailleurs sur un principe bien candide : la production locale satisferait d'abord les besoins nationaux avant d'être exportée. Or tout le monde sait qu'aujourd'hui, le prix du pétrole atteint aujourd'hui un niveau tel que seuls les consommateurs des pays les plus riches peuvent se l'offrir. Les pays émergents sont aujourd'hui obligés de subventionner l'essence et le gazole pour qu'ils soient accessibles à leurs citoyens, et si la situation devient de moins en moins tenable pour les pays importateurs (L'Inde menacée d'une pénurie de carburant, a titré les Echos d'hier), elle crée un important manque à gagner pour les pays exportateurs.

L'Histoire montre que, généralement, les pays pauvres détenteurs de richesses naturelles finissent par les vendre aux pays riches plutôt qu'à leur marché intérieur. Cette approche facilite en effet l'enrichissement rapide des dictateurs en place et des responsables locaux des compagnies pétrolières nationales.

Alors, pourquoi donc tant de bruit pour rien ? Sans doute parce que l'ELM permet de "prédire" une baisse encore plus drastique du pétrole que celles fournies par les "théories" classiques du pic pétrolier. Ce qui va bien aux peakniks misanthropes qui attendent de plus en plus impatiemment la pétro- apocalypse...
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Vendredi 30 mai 2008


Avenir
: voir Extinction de masse

BTL : Biomass To Liquids

Chercheur : voir Pizza

Génération 4 : coopération R&D internationale bancale entre des pays riches - qui s'en servent comme miroir aux alouettes pour attirer de jeunes et talentueux chercheurs (voir ce mot) - et des pays émergents qui y voient le futur de leur filière énergétique et militaire et essaient d'obtenir le maximum de transferts de technologie sans payer.

Hydrogène : diversification possible de l'industrie nucléaire civil si l'un des prochains protocoles de Kyoto (voir ce mot) améliore la compétitvité des filières BTL via la taxation du carbone.
Il n'est pas impossible que des industriels comme Areva, anticipant l'avenir (voir ce mot) du secteur, se transforme en spécialiste mondial de la fabrication industrielle d'hydrogène à partir de centrales électronucléaires... ou d'éoliennes et de centrales solaires à concentration, nettement moins coûteuses et dangereuses. A moins qu'il ne s'agisse d'investissements destinés à calmer certains activistes.

Oklo : réacteur naturel qui a fonctionné en Afrique il y a un milliard d'années, et qui est toujours abondamment pris comme exemple par le DoE états-unien pour souligner l'inocuité et la stabilité à très long terme du stockage géologique des produits de fission.

Pic pétrolier : ne suffira pas à faire redécoller l'industrie nucléaire : gaz et charbon prendront la relève en l'absence d'un protocole type Kyoto (voir ce mot) réellement coercitif.

Pizza : nourrit 4 personnes, contrairement au chercheur.

Prolifération : la bombe atomique pour tous. Solution privilégiée par les pays émergents pour  les futures négociations internationales de partage des ressources naturelles et de redéploiement des populations suite aux transformations climatiques.

Protocoles de type Kyoto : principal espoir de l'industrie électronucléaire, qui espère que le CO2 y sera enfin affecté d'un prix fixe suffisamment élevé pour que l'atome devienne clairement compétitif face aux combustibles fossiles. Pour l'industrie, 2012 devrait finalement être encore un pétard mouillé. Peut-être plus d'espoir en 2016 ? En 2020 ? jamais ?

Réacteur de petite puissance : réacteur de 300 MW ou moins, directement dérivé de ceux installés dans les sous-marins, et actuellement utilisé de façon intensive par l'industrie nucléaire russe comme produit d'appel. Accroît considérablement les risques de prolifération. On peut supposer que les multiples promesses atomiques faites par le Président de la République en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (dernière en date : la Jordanie) ont pour objectif principal de contrer cette malsaine offensive russe.

Rentabilité : elle reste aujourd'hui incertaine sur le long terme, notamment parce qu'il est difficile de mesurer précisément les risques liés à l'évolution des politiques nationales, des règlementations en matière de sûreté et de gestion des déchets ainsi que de la fiscalité.

Réserves
: sujet qui agace de plus en plus l'industrie du réacteur civil. Les positions officielles varient aujourd'hui de "pour l'instant, tout va bien" à "elles sont impossibles à mesurer à l'échelle mondiale, donc autant prendre ses précautions". Après le MOX, qui permet de brûler le plutonium, on commence à envisager de faire des combustibles encore plus exotiques, notamment avec de l'américium.

RNR : réacteur à neutrons rapides, dit aussi surgénérateur (plus court) ou breeder (encore plus court). Les problèmes de sûreté que pose l'exploitation de tels réacteurs à l'échelle industrielle font qu'ils seront limités à la transmutation des déchets fortement actifs dans les pays riches. Les pays émergents positionnent différemment le compromis entre sûreté et développement économique.
par Aerobar Films publié dans : C'est les Watts
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Vendredi 30 mai 2008
La montée des eaux provoquée par le changement climatique est un sujet sur lequel nous manquons encore de certitudes.

Le rapport 2007 du GIEC, de par son processus consensuel, a fixé la limite basse : 20 à 60 cm. Circulez, il n'y a quasiment rien à voir.

Nous avons précédemment évoqué une étude récente un peu moins optimiste, dont les conclusions laisseraient entendre que le rivage du Pas-de-Calais avancerait de dix kilomètres vers l'intérieur des terres.

L'un des derniers papiers de Jim Hansen se veut résolument provocateur. Plutôt que de maintenir l'hypothèse d'une évolution linéaire et donc très progressive de la fonte des calottes glaciaires, il prend volontairement l'option inverse d'une évolution exponentielle. Il arrive ainsi à une hausse du niveau des océans de 5 mètres d'ici 2100.

L'option est audacieuse, presque irréaliste. Pourtant, c'est effectivement la croissance exponentielle qui semble approcher le mieux aujourd'hui l'évolution des mers et des calottes : de nouveaux records de fonte sont attendus pour 2008, avec une probabilité conséquente que le pôle Nord soit libre de glace cet été, comme l'explique cet article du blog climat-evolution.



Une telle hausse modifierait complètement le paysage de nos régions côtières.

Pour ceux qui connaissent la riante région du Val de Saire, à l'Est du Cotentin, les ports pittoresques de Barfleur et Saint-Vaast-la-Hougue disparaîtront de la carte et une île se formera à quelques encâblures du rivage. Elle restera accessible à pied sec à marée basse, remplaçant ainsi l'île de Tatihou dont seul le sommet de la tour Vauban dépassera des flots.

Plus au Sud, les plages du Débarquement seront également rayées de la carte. Il ne restera, comme souvenirs de cette page d'histoire, que la Pointe du Hoc et le village de Sainte-Mère-Eglise.

Carentan sera probablement sauvée des eaux, car la topographie fait qu'il suffit de rehausser les digues actuelles pour éviter que la cité normande ne subisse le sort de la Nouvelle-Orléans.

Plus à l'Est, Deauville et Trouville pourront être également sauvegardées, mais à la condition de remplacer les fameuses planches par un mur de béton. Le front de mer de Cabourg pourrait devenir une marina, la mer léchant la promenade côtière sans toutefois passer par-dessus - à l'expresse condition que des digues soient construites autour de la ville pour éviter tout contournement.

Par contre, le port du Havre sera complètement englouti, de même que Cherbourg ou Brest. D'une façon plus générale, les ports sont des installations industrielles conçues pour un niveau de la mer précis. Les protéger par des digues est un non-sens, réhausser les quais et les entrepôts coûtera sans doute plus cher que d'en reconstruire de nouveaux, ailleurs...

... une fois qu'on saura plus exactement à quel niveau l'océan cessera de monter.
par Aerobar Films publié dans : Fin d'un monde
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Jeudi 29 mai 2008
"It's the Peak Oil, stupid!"

Ce clin d'oeil au slogan électoral de Bill Clinton va nous servir d'introduction à un discret article paru aujourd'hui dans Les Echos :
Manipulations des cours des matières premières : la CFTC interpellée

L'agence gouvernementale américaine chargée de surveiller les marchés des dérivés de matières premières, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), fait l'objet de multiples demandes des milieux politiques et industriels pour établir si les Bourses dont elle a la tutelle sont à la merci de la spéculation. Le sénateur démocrate Jeff Bingaman, président du comité sénatorial à l'énergie et aux ressources naturelles, a ainsi adressé mardi une lettre au président de la CFTC, Walter Lukken, déplorant le caractère incomplet des données prises en compte par l'organisme de régulation pour déterminer si le marché du pétrole est livré à la spéculation.
Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du Capitalisme Financier ?

Bien entendu, nous en sommes encore à des supputations, pour ne pas dire des soupçons. Il va falloir démontrer la chose.

Cela dit, la façon dont cette CFTC (l'équivalent, pour les marchés de matières premières, de la SEC aux Etats-Unis ou de la COB en France pour les marchés actions) surveille le fonctionnement du marché du pétrole amène quelques doutes quant à l'intégrité du dispositif :
dans la classification des intervenants adoptée par la Commodity Futures Trading Commission, les banques d'investissement soient incluses dans la catégorie des participants « commerciaux » et pas dans celle des participants « non commerciaux », qui rassemble les intervenants financiers.
et
la CFTC range les intervenants dont le seul objectif est la couverture sur le marché physique (compagnies pétrolières, compagnies aériennes) parmi les participants « non commerciaux ».
Autrement dit, la CFTC classe comme "acheteurs physiques" les spéculateurs, et inversement. Ainsi, il est facile d'affirmer qu'il n'y a pas spéculation, puisque les "spéculateurs" sont devenus ultra-minoritaires face aux "acheteurs physiques".

Pour votre prochain plein d'essence, passez à la pompe chez Carlyle ou KKR !
par Aerobar Films publié dans : Les billets aussi sont verts
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Jeudi 29 mai 2008
Les matières premières sont la première bulle Internet de l'histoire.

Mais alors, allez-vous nous rétorquer, qu'est-ce qui a éclaté en 2001 ?

Hé bien, c'était une bulle classique concernant les nouvelles technologies et Internet, certes, mais son catalyseur n'était pas Internet : c'était la presse papier spécialisée, les rapports de brokers sur papier glacé, les épais rapports boudinés avec page de garde en plastique transparent des consultants en stratégie et en informatique réunis... bref, des vecteurs d'information classiques.

Radio et télévision ont également contribué, mais rien ne remplace l'écrit : un mensonge parlé éveille la suspicion de l'auditeur, mais un mensonge écrit et illustré par force graphiques et tableaux sérieux endort la méfiance du lecteur.

Les matières premières, et notamment le pétrole, profitent aujourd'hui pleinement de la capacité d'Internet à centupler le pouvoir de la rumeur écrite. Un poète pourrait y voir une sorte de revanche de la Nouvelle Economie, qui transforme la très vieille et très terrienne Economie des matières premières en une bulle virtuelle gigantesque.

Enfants des forums de discussion, les peakniks eux-mêmes se sont fait royalement manipuler : heureux de voir que des articles extérieurs à leur communauté leur donnent raison  - "Hé les gars ! Regardez ! Ils ont imprimé les mots "peak oil" !" - ils ne s'aperçoivent même plus que leurs sites sont décorés de publicités alléchantes pour des sociétés de boursicotage en ligne. Un exemple - récupéré ce matin sur The Oil Drum - est donné ci-contre ; le lien commercial a bien entendu été désactivé. C'est à se demander, des articles des peakniks et de ces publicités, qui fait la promotion de qui.

Lesdites sociétés de boursicotage n'hésitent plus à pratiquer la fameuse pratique de la coquille non intentionnelle. Ainsi, on trouve sur le site de l'une d'entre elles un article qui se veut convaincant :
Pour moi, cela ne fait aucun doute, à long terme le cours du pétrole atteindra les 200 $, puis certainement les 300 $ et même beaucoup plus. Je dis bien à long terme. Et pour vous prouver que ce ne sont pas des paroles en l'air, sachez que les futures à horizon 2016, cotent actuellement 442 $ sur les marchés à terme !
"Et ce fabuleux baril, Monsieur, ce n'est pas à $200, ni même à $300 que vous allez le vendre, mais bien à $400, oui, je dis bien $400 !". Du journaliste au boni-menteur, il n'y a que quelques coquilles et points d'exclamation d'écart.

Un simple coup d'oeil à un site moins farfelu permet de voir que lesdites futures oscillent en fait entre $128 et $130 sur les huit prochaines années à l'heure on nous écrivons ces lignes.

Voilà qui nous permet au passage de relativiser la dernière rumeur du moment : si les futures à long terme valent plus que celles à court terme, ce serait signe que les choses ne peuvent qu'empirer ! En fait, il s'agit d'une situation archi-classique de contango, ce que vous expliquera mieux que nous n'importe quel trader professionnel.

Globalement, ce rédactionnel mériterait d'être fourni comme sujet d'analyse au bac de français. Il y en a en effet pour tous les goûts : si vous pensez que ça va monter, ne lisez que le début de l'article. Si vous pensez qu'il faut vendre, intéressez-vous plutôt aux derniers paragraphes, ceux qui se trouvent après ce sous-titre :

Ne vous laissez pas entraîner par les "beaux parleurs"

Hop ! Changement de ton... et la conclusion finale tombe :
Tôt ou tard la bulle se dégonflera
Il suffit de regarder le graphique du brut pour s'en convaincre. Et que se passe-t-il quand il y a une bulle ? Tôt ou tard, elle finit toujours par se dégonfler.
(...)
J'espère voir revenir le cours du brut vers les 115 $. Ce serait déjà pas mal. Voire jusqu'à 100  $.

Mon conseil :
Première chose à faire : relevez vos stops sur tous vos titres corrélés positivement, de près ou de loin, au cours du pétrole. Vous verrouillez ainsi vos gains latents.

Je déconseille d'entrer aujourd'hui sur le pétrole.
Mais sur ce simili-Second Life que forme la récente fusion des communautés des peakniks et des boursicoteurs, comme dit la chanson, certains restent éblouis :
Les yeux rivés
Sur les étages
Pourvu que rien n'arrête le voyage

Calogero, En apesanteur (2002)
par Aerobar Films publié dans : Les billets aussi sont verts
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Mardi 27 mai 2008
Nous avons déjà fait ici un peu d'archéologie en publiant quelques extraits d'exemplaires historiques du journal Le Monde que nous avions décidé de conserver.

Nos yeux se sont récemment posés sur le numéro daté du vendredi 19 janvier 1991, avec une manchette qui fait toute la largeur de la page :
Foudroyante offensive alliée contre l'Irak
Mais ce n'est pas la une qui nous a le plus intéressé, c'est un article, rejeté en page 25, intitulé
Forte baisse des prix du pétrole
Des mesures d'économies préventives d'économies en France.
Amusant de voir comme, une génération plus tard, nous sommes dans la situation exactement opposée - et pourtant les Américains sont toujours en Irak ! Il est vrai qu'ils ne sont plus autant foudroyants.

Avec un gouvernement qui cherche à jouer des taxes pour maintenir la consommation des pauvres et des pêcheurs, on pourrait en effet titrer aujourd'hui :
Forte hausse des prix du pétrole
Des mesures de maintien curatif de la consommation en France.
L'article de 1991 nous montre qu'à cette époque, l'AIE faisait autre chose que publier des déclarations alarmistes vaguement documentées :
(...) la France, comme tous les grands pays consommateurs, devrait annoncer très rapidement des mesures visant à prévenir un emballement ultérieur des prix, dans le cadre d'un plan d'éclencher (sic) jeudi 17 janvier par l'Agence Internationale de l'Energie.
Ce plan contient un certain nombre de mesures frappées au coin du bon sens. Il est vrai qu'à l'époque, on n'avait pas de pétrole, mais on avait des idées :
  • - réduction de la vitesse sur les autoroutes de 130 à 110 km/h
  • - limitation de la température des locaux à 19°
  • - contrôle de la consommation du fioul domestique pour éviter tout stockage spéculatif
  • - consignes aux administrations de respecter les normes de chauffage et économiser la consommation de leur flotte
  • - abaissement des obligations légales de stockage imposées aux compagnies, pour permettre un délestage des stocks pétroliers
  • -interdiction de la vente en jerricans
C'est grâce à cette coordination politique internationale - et au succès militaire de la coalition - que le troisième choc pétrolier n'a pas eu lieu : après 6 mois de tensions, le pétrole a recommencé à couler à flots et à des prix acceptables. Depuis 2005, nous vivons en fait non pas le troisième, mais bien le quatrième choc pétrolier.

On notera que ces mesures n'ont rien de très coercitives et restent de nos jours à la portée du gouvernement français. Elles détruisent de la demande physique et minimisent les effets spéculatifs des acteurs économiques "réels" (particuliers, entreprises et administrations), ce qui semble adapté à la façon dont "on" nous décode généralement la situation actuelle. En complément d'un recours aux stocks stratégiques, elles étaient supposées - car en pratique, elles n'auront jamais eu besoin d'être mises en application - injecter 2,5 millions de barils par jour sur le marché si l'ensemble des pays de l'OCDE faisait de même.

Une question vient donc à l'esprit : pourquoi l'AIE ne nous ressort pas ce bon vieux plan d'économies d'énergies, éventuellement assorti de quelques mesures complémentaires pour calmer les money makers qui spéculent sur le marché des matières premières, et pourquoi les pays de l'OCDE ne l'adoptent-ils pas ou, tout au moins, l'inscrivent à l'agenda de leurs exécutifs ? Peak Oil Panic, mon cher Watson...

Au fait, nous avons oublié de vous parler de la baisse historique des prix du pétrole dont il était question ce 19 janvier 1991 :
Jeudi matin, les cours du pétrole de référence britannique (brent) étaient retombés aux alentours de 22 dollars par baril à Tokyo comme à Londres, soit 8 dollars de moins de la veille, après avoir grimpé dans l'intervalle à plus de 33 dollars.
Des variations de 25% en une journée ! Nous n'avons encore rien vu : gare à la prochaine secousse géopolitique d'ampleur...
par Aerobar Films publié dans : Le Monde d'avant Google
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Lundi 26 mai 2008
Un remarquable document récemment publié par la Banque Mondiale met en avant un nouveau dysfonctionnement du protocole de Kyoto.

On sait déjà que les mécanismes d'attribution des crédits d'émission, ces permis de polluer, sont bourrés de défauts et issus de négociations complaisantes envers les émetteurs de gaz à effet de serre (GES).

Les fameux marchés d'échange desdits crédits ont eu des fortunes diverses, le plus connu d'entre eux (PowerNext Carbon) ayant réussi à diviser par 100 la valeur d'une tonne de CO2 en un an, ce qui était exactement à l'inverse de ce pour quoi il était conçu.

Cette fois-ci, le problème est dans les fameux projets de compensation : ces projets sont supposés réduire les émissions de GES des pays émergents, ce qui leur permet de produire des crédits d'émission à revendre aux pays développés.

C'est par ce mécanisme que de nombreuses personnalités engagées, de Jean-Louis Borloo à Al Gore en passant par Yann Arthus-Bertrand, rassurent leurs partisans : certes, déclarent-ils, je pollue, mais je donne de l'argent à hauteur de mes émissions pour financer des projets de compensation.

Pas de bol : ces projets n'existent pas. Ou plutôt, ils restent sur le papier.

Car la bureaucratie mise en place pour le suivi de Kyoto n'arrivent à pas à valider les projets qu'on lui présente : il y a aujourd'hui deux ans d'attente. Principale cause évoquée : il n'y a pas assez de certificateurs, ces personnes qui vérifient que chaque projet réduira bien effectivement les émissions des montants annoncés par leurs promoteurs.

Et que devient alors l'argent donné par les compensateurs ? Sans doute s'accumulent-ils dans les fonds qui jouent les intermédiaires entre les promoteurs de projet et les contributeurs. De là à se demander si ceux-ci ne placent pas, en attendant, ces sommes sur les marchés à terme des énergies fossiles...

Pendant ce temps-là, l'anomalie de banquise arctique vient de repasser au-dessus de la barre du million de km² fondu. Ainsi fond, fond, fond...

Dérisoirement durable.
par Aerobar Films publié dans : Dérisoirement Durable
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Samedi 24 mai 2008
Il y a un an, on a beaucoup parlé de l'explosion des prix sur le marché de l'uranium, ou plus exactement du yellow cake, une forme oxydée de l'uranium (U3O8) sous laquelle s'échange ce qui deviendra, après un lourd et coûteux traitement, les "crayons" de combustible des centrales nucléaires.

Il est amusant de constater que sont devenues bien silencieuses les Cassandre qui, l'année dernière, annonçaient que cette inflation annonçait une pénurie définitive, remettant en cause les perspectives de développement du nucléaire civil. Toute ressemblance avec d'autres marchés de matières premières existants ou ayant existé est une pure et fortuite coïncidence.

Cette bouffée de chaleur 2007 fut donc une simple bulle passagère, alimentée par un fondamental d'augmentation des prix : en deux ans, le yellow cake a quand même vu son prix doubler.

Cette hausse conséquente ne remet en rien en cause le modèle opérationnel d'un réacteur civil : dans le coût du kWh nucléaire, cette matière première représente une part ridicule, de l'ordre de quelques pour cent. A la rigueur, il peut accroître l'intérêt économique du retraitement des combustibles usés.

Mais sinon, qu'est-ce qui a bien pu déclenché une telle augmentation ?



Certainement pas les besoins civils, car la lourdeur de l'industrie nucléaire fait que ses approvisionnements sont parfaitement prévisibles sur un très grand horizon : à partir du moment où la première pierre d'une centrale est posée, on peut planifier ses besoins futurs en combustible sur près d'un demi-siècle sans grand-risque de se tromper ! Les centrales électriques étant difficiles à cacher, on peut raisonnablement conclure que ce n'est pas une variation inattendue de cette demande qui a provoqué l'emballement du système.

Et l'arrivée très progressive de nouvelles capacités électronucléaires laisse largement à l'industrie minière le temps d'augmenter ses capacités pour suivre la cadence.

Les coupables sont donc à chercher auprès des centres de recherche nucléaires... ou de militaires à la nationalité non identifiée qui auraient décidé de se construire quelques bombinettes supplémentaires. Voilà une raison potentielle qui nous paraît de bien plus sinistre augure qu'une hypothétique pénurie d'électricité.

Enfin, il est fortement probable que les producteurs d'uranium aient décidé de vendre plus cher qu'avant leur minerai. L'inflation des matières premières constatée depuis trois ans leur a en effet démontré que l'économie mondiale est beaucoup plus résistante qu'avant à la hausse des cours, et qu'il leur reste de la marge avant de détruire de la demande.

par Aerobar Films publié dans : Les billets aussi sont verts
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Vendredi 23 mai 2008
POP ! Peak Oil Panic dans la presse économique !

Les Echos de vendredi dernier nous gratifie d'une manchette en une (L'envolée des prix du pétrole rattrape Air France-KLM) introduisant un article au ton inquiétant :
La flambée actuelle des cours de l'or noir témoigne d'une prise de conscience brutale : l'approvisionnement en brut risque d'être beaucoup plus problématique que prévu et le "pic pétrolier" apparaît comme une menace bien réelle.
En pages intérieures, avec un autre titre-choc (la crainte d'une pénurie durable et généralisée commence à hanter les marchés pétroliers), le quotidien économique évoque à nouveau l'impensable :
la théorie si contestée du "pic pétrolier" - le fameux "peak oil"
et se fait le relais de la dernière trouvaille du Wall Street Journal  :
l'AIE se préparait à abaisser sensiblement ses prévisions de production mondiale. Engagée dans une vaste étude sur les 400 plus grands gisements pétroliers de la planète [...], l'Agence en aurait déjà tiré une conclusion alarmiste : l'approvisionnement en brut sera, à l'avenir, beaucoup plus problématique qu'on ne le pensait.
Un tel scoop est inhabituel : l'AIE, émanation de l'OCDE, est une maison sérieuse qui n'a pas l'habitude de laisser traîner ses brouillons partout. On peut donc en déduire que cette fuite est parfaitement organisée.

On peut alors s'étonner qu'au moment où le baril s'enflamme à des vitesses qui nous surprennent, l'AIE n'hésite pas à jeter encore plus de combustible dans le foyer de la spéculation alors que son rôle, jusqu'à présent, était plutôt de jouer le rôle d'extincteur, en étouffant toute velléité d'inflation des prix sous la masse de lourds WEOs (World Energy Outlook = Panorama Energétique Mondial ; prononcer oui-ho) bourrés de chiffres à l'optimisme inébranlable.

Il y a près de trois ans, nous ne pensions pas, lors de la production de la vidéo Oilway to Hell, que le panneau ci-contre aurait un jour une réalité. Au contraire, l'objectif était de souligner la position à ce moment négatrice de l'Agence quant au plafonnement prochain de la production pétrolière.

La publication en novembre dudit rapport tomberait-elle un peu trop tard ? Trop longtemps après la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Pékin peut-être ? Voilà qui donne encore un peu plus de nourriture à notre thèse d'une guerre économique en cours entre la Chine et l'OCDE, notamment sur le plan des matières premières via la manipulation des marchés mondiaux.

L'Agence avait déjà commencé à envoyer quelques boulets vers la Chine lors de la publication de son WEO 2007, où elle énumérait les quantités monstrueuses de CO2 que la Chine allait émettre dans le futur - mais sans vraiment s'apesantir sur les quantités déjà émises. Il valait mieux, car selon un récent document de James Hansen, un très renommé climatologue, les Etats-Unis ont émis à eux seuls plus du quart du dioxyde de carbone liée à l'activité humaine... tandis que la Chine en a produit moins du dixième. Cette injonction à la mode du "fais ce que je dis, pas ce que je fais" avait probablement pour objectif de forcer la Chine à donner un coup de frein à son développement.

Nous attendons en tout cas avec impatience ce fameux WEO 2008 pour en analyser la qualité de l'argumentation. La méthodologie employée - consolider les prévisions de production des principaux gisements mondiaux - n'a rien de contestable en soi, mais on est très curieux de savoir où l'AIE est allé chercher les données d'entrée et comment elle les a vérifiées : il n'y a que des économistes à l'Agence, pas de géologues.

Une approche "conservative", qui consiste à ne retenir que les valeurs les plus basses en cas de désaccord entre plusieurs sources, ne peut que déboucher sur la conclusion d'un pic pétrolier imminent, puisque c'est exactement ainsi que procèdent... les peakniks.

L'autre explication, plus simple, est que la bulle pétrolière est à son maximum, et que même ceux qui tentaient de garder la tête froide finissent par s'échauffer à leur tour. Et puis, ça fait vendre des WEO 2008 et des exemplaires du WSJ et des Echos...
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Article également publié sur AgoraVox et Yahoo!
par Aerobar Films publié dans : PO/RC
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