Mardi 10 juin 2008
Ce blog est parti compter les projets de centrales en Chine.


Espérons que cela ne prendra que quelques jours...
par Aerobar Films publié dans : Billet
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Lundi 9 juin 2008
Un grand merci à meteor d'avoir attiré notre attention sur la récente publication inhabituelle d'une équipe de climatologues.

Ceux-ci ont en effet eu l'idée de faire tourner les modèles climatiques, améliorés par deux décennies de recherche sur le réchauffement climatique, sur un cas de figure que nous avons un peu oublié : l'hiver nucléaire.

Nous avons pourtant récemment alerté nos lecteurs que ce démon endormi pourrait bientôt se réveiller : notre grand frère "responsable" semblerait être très actif en prolifération en ce moment, et l'uranium est, plus que le pétrole, une denrée qui devient vraiment très demandée.

De cet article de 14 pages, nous ne garderons nous aussi que le graphique le plus perturbant pour nos esprits désormais habitués à pinailler le degré, voire le demi-degré, de réchauffement global :

La courbe en bleue est le début de la célèbre "crosse de hockey" qui représente la composante anthropique du réchauffement climatique. Elle est brutalement contre-carrée par 3 scénarios de guerre nucléaire, qui nous précipitent dans un refroidissement climatique catastrophique à tous les sens du terme.

Le pire scénario nous entraîne instantanément dix degrés en-dessous de la moyenne du XXème siècle. Quand on pense que trois degrés au-dessus, en l'espace de quatre-vingt-dix ans, est déjà très préoccupant...

Il n'y a pas pire envisageable que ce scénario (150 Tg de fumée induite), qui correspond à l'explosion des 21 000 têtes nucléaires aujourd'hui en stock sur la planète. Près de 95% d'entre elles sont aujourd'hui aux Etats-Unis et en Russie, tandis qu'à l'opposé 1% sont en Chine et en Inde.

Le scénario intermédiaire (50 Tg), qui nous refroidit de 4°C quand même - Il faudra que les Terminator soient équipés de raquettes - correspond à un conflit "limité" où seul un tiers de l'arsenal mondial est utilisé.

Enfin, le cas particulier du scénario "5 Tg" mérite une citation :
Dans le cas du scénario 5 Tg, tous les aérosols ont été mis dans l'atmosphère en l'espace d'une journée à partir de la maille du modèle située en 30°N 70°E. (...) De plus, les propriétés optiques des aérosols de type suie ont été alignées sur celles de la pure fumée, puisque ce scénario a été conçu pour étudier les effets de la fumée provenant de cibles urbaines.
Vous vous en doutiez probablement, les coordonnées indiquées correspondent  à celles de l'Iran.

Une simple "frappe préemptive", faisant appel à une puissance plus que modeste (1500 kt : 100 fois Hiroshima, mais seulement 0,03% de la puissance de feu de l'arsenal états-unien) ramènerait donc instantanément le climat global au niveau du Petit Age Glaciaire.

Il y aurait cependant une certaine résilience du réchauffement climatique à cette perturbation anthropique majeure si on en croit la remontée rapide des températures dans les années qui suivent.

Dans ce cas "5 Tg", il faudra tout de même dix ans pour revenir à la situation qui prévaut actuellement, avec une demi-décennie vraiment fraîche (-1°C en moyenne planétaire) et sèche qui pourrait suffire à ruiner successivement plusieurs récoltes céréalières à l'échelle de la planète. Certes, à la fin du XIXème siècle, la température globale était également basse, mais il y avait quelques milliards d'humains de moins à nourrir...

A l'autre extrême, le scénario "150 Tg" - qu'on pourrait aussi baptiser SkyNet Days - ramènera les conditions climatiques dans l'Hémisphère Nord à celle en vigueur lors de la dernière glaciation. Seuls le Brésil et l'Afrique subsaharienne resteront relativement vivables à moyen terme et, du fait de la barrière des alizés, relativement épargnés par les nuages radioactifs. Avis aux survivalistes !
par Aerobar Films publié dans : Gros temps sur la planète
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Dimanche 8 juin 2008
Poursuivons nos voyages dans le passé, dans un Monde quasi-inaccessible pour l'internaute moyen (l'article est accessible dans les archives du quotidien, mais payant).

Dans l'édition datée du 21 août 1991 et barrée du titre Les Occidentaux réclament le retour de M. Gorbatchev, on trouve en dernière page un court article intitulé Hausse du pétrole et chute des céréales :
Hausse du pétrole, baisse des céréales, mouvements sur les métaux : les marchés de matières premières ont réagi vivement, mais sans surprise, au coup d'Etat en URSS. Le prix du pétrole, dont l'URSS est le premier producteur et un important exportateur, a gagné rapidement jusqu'à 2,70 dollars le baril avant de revenir à une hausse d'environ 1 dollar (à 22,5 dollars le baril à New-York pour une livraison en septembre).
Il y a donc à peine moins de vingt ans, un coup d'Etat au sein du premier producteur mondial de pétrole provoque une augmentation instantanée de... 10% de son cours, avant que les marchés ne se calment et enregistrent finalement, à la clôture, une hausse modérée de moins de 5%. Pourtant, le risque de pénurie à court comme à moyen terme est tangible :
Les opérateurs sont inquiets pour l'avenir des lourds investissements récemment décidés par les compagnies occidentales en URSS et, plus encore, par l'éventuel ralentissement des livraisons soviétiques.
Oui mais, allez-vous nous rétorquer, à l'époque il y avait les fameuses réserves de capacité de l'Arabie Saoudite, capables d'inonder le marché de millions de barils journaliers pour calmer le jeu...

Hé bien, non :
La capacité maximale de production de production mondiale est déjà atteinte après la guerre du Golfe. Les seules capacités disponibles sont en Irak. La crainte est donc nourrie d'une élévation des prix de l'or noir dans les mois à venir.
Le 21 août 1991, la conjoncture pétrolière était donc bien plus noire qu'aujourd'hui. Et la production mondiale de pétrole en 1991 fut effectivement inférieure à celle de 1990.

Mais que représentent 22,50 dollars de 1991 ? Avec l'inflation, le cours d'alors du dollar, peut-être est-ce une somme considérable, proche des 130 dollars actuels ?

Non plus. D'après nos calculs, 22 dollars 1991 égalent environ 35 dollars actuels. Oui, vous avez bien lu : 35, pas 135.

De deux choses l'une : soit le marché réel et physique du pétrole est encore plus tendu aujourd'hui qu'il ne l'a été en août 1991, soit le marché à terme... est dans une bulle.

par Aerobar Films publié dans : Le Monde d'avant Google
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Samedi 7 juin 2008
Une parenthèse de vingt ans se referme, avec le retour tonitruant de la Russie sur le devant de la scène mondiale après des années de secret et de mystère.


Depuis quelques années, on commençait à s'habituer au schéma d'un prochain duopole mondial USA-Chine. On cherchait apparemment à enterrer trop vite notre grand voisin de l'Est.
Medvedev accuse les Etats-Unis d'avoir provoqué la crise financière

S'exprimant devant des milliers d'hommes d'affaires, de responsables russes et étrangers réunis au Forum économique de Saint-Pétersbourg, le président s'en est vivement pris à "l'illusion qu'un pays, même le plus puissant au monde, puisse jouer le rôle de gouvernement mondial". "C'est précisément le fait que le rôle des Etats-Unis dans le système économique mondial ne correspond pas à ses capacités réelles qui a été une des principales raisons de la crise actuelle", a-t-il insisté.
Difficile d'être plus aimable. Le diagnostic n'est pas complètement farfelu, cela dit.
La Russie, à l'inverse, "est un acteur mondial qui est conscient de sa responsabilité pour le sort du monde", a-t-il martelé. "Nous voulons participer à la formation des règles du jeu, pas en raison d'ambitions impériales, mais parce que nous sommes conscients de notre responsabilité et que nous possédons des ressources", en particulier énergétiques, a-t-il poursuivi.
Etre "conscient de sa responsabilité pour le sort du monde" - tout en faisant du club très sélect des Douze Salopeurs - et vouloir "participer à la formation des règles du jeu" signifie-t-il que la Russie souhaite imposer la taxe carbone à la planète ? Au vu de sa politique industrielle, le doute est exclu.

Cela ressemble plutôt à un nouveau chantage... Car la Russie, c'est peut-être seulement 7% des réserves prouvées de pétrole, mais c'est 17% de celles de charbon et 21% de celles de gaz naturel, sans parler de l'uranium.

Quelle grande puissance, à part peut-être le Brésil, peut se passer de la Russie aujourd'hui ?

EDIT : la conférence s'est poursuivie aujourd'hui. La Russie est consciente que la maladie anglo-hollandaise menace :
L'abondance de matières premières se répercute négativement sur le développement socio-économique du pays. Nous allons lancer un programme pour faire en sorte que cela devienne une locomotive pour la croissance économique et non un frein.

par Aerobar Films publié dans : Fin d'un monde
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Samedi 7 juin 2008
Brut : puissances asiatiques et Etats-Unis "inquiets" (Les Echos)

Le secrétaire américain à l'Energie reconnaît que la flambée de l'or noir est un "choc" pour l'économie américaine, déjà en difficultés. Il estime néanmoins qu'il n'y a pas de crise du pétrole et qu'il n'est pas nécessaire de réguler le marché.
Et un peu plus loin :
Les analystes de Morgan Stanley s'attendent à ce que le prix de l'or noir atteigne les 150 dollars d'ici le 4 juillet, fête nationale américaine et pic de la saison des déplacements estivaux en voiture, soit dans moins d'un mois.
La manipulation de marché par les "opérateurs non commerciaux" (spéculateurs) continue.

Si le prix élevé du pétrole était vraiment un problème pour les Etats-Unis, il leur suffirait pourtant de demander aux analystes de se taire...

Car ceux qui connaissent réellement la situation en matière d'offre et de demande pétrolière - compagnies pétrolières, grossistes en produits pétroliers, raffineurs - s'expriment curieusement rarement dans les médias à propos des prochains prix du pétrole. Ceux qui font le buzz, ce sont les opérateurs financiers, pour des raisons évidentes.
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Vendredi 6 juin 2008
Impossible ? Malheureusement non.


D'abord, il faut se rappeler qu'il y a le même rapport entre $1000 et le prix actuel du baril (près de $140 à l'heure où nous écrivons ces lignes), qu'entre ledit prix actuel et le prix du baril il y a très exactement... six ans.

Certains vont nous opposer qu'une nouvelle multiplication par 7 du prix du baril ferait que le pétrole représenterait 50% du PIB mondial, ce qui est impossible. Donc le baril à $1000 est impossible.

Ce raisonnement trop simple a bien entendu une faille. Laquelle ? Tout simplement, il suppose que le PIB mondial exprimé en dollars varie lentement, au rythme d'une croissance mondiale représentative de la santé de l'économie réelle.

Or un vieux démon, qu'on croyait terrassé, est en train de montrer à nouveau ses cornes : l'inflation.

La chute du dollar face à l'euro révèle seulement une partie de cet escogriffe économique, car les économies mondiales sont désormais tellement imbriquée que la zone dollar parvient à "exporter" de l'inflation dans les autres zones monétaires : "le dollar est notre monnaie... et votre problème" disait Volcker, le prédécesseur de Greenspan à la Fed. En pratique, les monnaies du monde entier perdent de leur valeur.

Une dépêche croustillante de l'AFP illustre à notre avis la petite intoxication que tente actuellement de nombreux acteurs financiers. Lundi 9 juin, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a estimé qu'il ne faisait "absolument aucun doute" que le "manque d'offre pétrolière" jouait un rôle dans la flambée des cours du brut.

On est ravi de savoir que la BCE dispose à son tour d'une vision complète et fiable de la situation de l'offre et de la demande en pétrole physique. Mais là où il faut rire, c'est bien à la fin de la dépêche :
M. Trichet était interrogé sur le rôle du dollar dans la flambée pétrolière mais ne s'est pas prononcé sur ce point.
La conséquence première d'une hypothèse d'un retour marqué et furtif de l'inflation est que le PIB mondial croît depuis plusieurs années de façon parfaitement artificielle, principalement sous l'effet des poussées inflationnistes mais aussi des bulles spéculatives sur les actifs (immobilier).

Pour chasser plus facilement le démon de notre vue, on a truqué l'instrument de mesure public, par exemple en en excluant, aux Etats-Unis, deux postes dont la stabilité des prix est fortement contestable :  l'alimentation et l'énergie. En Europe, beaucoup soupçonnent que le passage à l'euro a été une occasion exceptionnelle pour faire passer une bouffée d'inflation de façon quasi-invisible sur les biens de grande consommation. Que le pouvoir d'achat soit revenu au premier plan de l'agenda des politiques alors que l'inflation officielle n'est que de 3,5% - il était trois fois plus fort au début des années 1980 -  témoigne que la mesure ne correspond pas à la réalité. On peut toutefois imaginer que les banques centrales disposent d'instruments de mesure mieux calibrés mais dont la communication publique des valeurs mesurées est interdite.

Par ailleurs, une forte période d'inflation est la seule issue pour que les pays occidentaux puissent substantiellement réduire leur dette dans un délai court.

Et quand on est à la tête d'une somme rondelette, comme les fonds d'investissement anglo-saxons, comment se prémunir de l'effet appauvrissant de ce démon économique ? En investissant dans quelque chose de concret, de fondamental : les matières premières, et surtout le pétrole.

Voilà pourquoi nous pourrions un jour voir le baril passer la barre des 1000 dollars, comme nous le suggérions dans notre dernière vidéo. Peut-être faudra-t-il dix ans, peut-être quinze, peut-être cinq. Peut-être jamais. Mais improbable n'est pas impossible.
par Aerobar Films publié dans : Les billets aussi sont verts
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Mercredi 4 juin 2008
Au Café du Commerce, le maire de Champignac discutait avec le patron.

"Chaque fois que je viens déjeuner chez vous, je prends une salade verte. Quoi de plus banal et standard qu'une salade ? s'étonnait le Maire. Et pourtant, d'un jour sur l'autre, le prix à la carte varie énormément : 1 € la semaine dernière, 0,50 € hier et 0,80 € aujourd'hui !
- C'est parce que je l'achète au marché de la place du village, tous les matins, expliquait le patron. Et vous savez que, là-bas, les prix varient d'un jour sur l'autre en fonction de l'offre et de la demande...
- Pourquoi ne passez-vous pas des accords d'approvisionnement avec les maraîchers ? Si vous leur promettez de leur acheter leur production d'avance, ils devraient accepter un prix plus stable, et sans doute plus bas.
- J'ai essayé, mais il y a des moments où aucun maraîcher n'accepte de vendre d'avance pour la date que je recherche. Par exemple quand ils pensent que les prix vont monter et qu'ils gagneront plus à vendre au dernier moment. De plus, certains maraîchers ne vendent sur notre marché qu'un surplus de production : l'essentiel de leur production est déjà vendu d'avance par un tel mécanisme à des restaurants de la ville. Leur surplus est variable en quantité et ils ne peuvent donc pas s'engager à l'avance sur des quantités : le marché spot du village, où ils vont juste quand ils ont quelque chose à vendre, est juste ce qui leur faut."

Le maire, qui aspirait à payer sa salade à prix stabilisé, alla alors s'attabler avec M. Boulier, le banquier du village et lui exposa la situation.

"Il y a une solution, proposa M. Boulier. Nous allons créer un marché de futures sur la salade.
- ???
- J'ai pleins d'amis banquiers à la capitale qui cherchent des placements rénumérateurs à court terme. Nous pourrions les utiliser pour couvrir les variations de cours de la salade. Voici comment nous allons procéder : tous les jours, à la capitale, au Café de la Rue du Mur, nous émettrons et échangerons des mini-crédits indexés sur le prix de la salade dans le futur. Par exemple, mon confrère, M. Bouton, va s'engager à me payer le 13 mars prochain (c'est mon anniversaire) le prix d'une salade sur le marché de Champignac ce jour-là, en échange d'une somme que je lui verse tout de suite, disons 0,20 €. Pour concrétiser cet achat, il me remettra un jeton vert avec marqué dessus "1 salade de Champignac livrée le 13 mars".
- vous êtes magicien ou quoi ? On ne transforme pas un jeton en salade, fut-il vert !
- non, mais je suis banquier, et je connais un autre financier, M. Laimane, qui serait intéressé par détenir une créance à courte échéance. Je vais donc vite aller lui proposer mon jeton, qu'il va m'échanger contre un jeton "1 salade de Champignac livrée le 8 août" qu'il a acheté 0,60 €... et que je vais essayer de revendre à un tiers au moins à ce prix-là.
- mais ce M. Laimane y perd !
- sur cette transaction, oui, mais notre objectif à nous financiers est de gagner en moyenne sur l'ensemble des transactions que nous effectuons. Et le moment où l'argent entre et sort est tout aussi important, sinon plus. Il s'agit de ne pas faire faillite !
- un banquier, faire faillite ? Allons, M. Boulier, vous et vos confrères avez l'air si sérieux... Mais en quoi votre petit jeu de Monopoly peut-il intéresser le patron du Café du Commerce ?
- Tout simplement parce qu'il peut se joindre au jeu lui aussi, et acheter à l'avance, au prix qui l'intéresse, des jetons pour chaque jour futur où il voudra se couvrir. A l'échéance, il touchera de la part de l'un d'entre nous, un montant correspondant au prix du jour de la salade sur le marché de Champignac : il s'en servira pour en acheter une vraie salade, ce qui fait qu'au total, elle ne lui aura coûté que le prix auquel il aura acheté le jeton, au moment où le cours dudit jeton était à un niveau qu'il avait estimé acceptable. Il a ainsi couvert son risque sur le prix de la salade.
- C'est génial ! M. Boulier, allez vite à la capitale et dites à vos confrères de commencer séance tenante !"

Un mois plus tard, le Maire alla déjeuner au Café du Commerce.

"TROIS EURO la salade ! Mais vous vous moquez du monde !
- Je suis désolé, je ne fais que répercuter le cours...
- Vous ne vous êtes pas couvert ?
- Si, bien sûr, mais le Café de la Rue du Mur n'est pas mon petit café du Commerce : cent financiers l'occupent désormais en permanence. Ils sont tous abonnés à Salade Magazine, dont les journalistes n'arrêtent pas de vanter les mérites du produit, de souligner la croissance de la demande et parfois d'évoquer une possible tension sur l'offre de pissenlit au Bretzelburg - qui est pourtant à des milliers de kilomètres de Champignac. Résultat : ils n'arrêtent pas de s'échanger des jetons, à des cours de plus en plus hauts.
- Mais le marché de Champignac, à la fin, doit rétablir la vérité des prix et des fondamentaux de l'offre et de la demande !
- Les maraîchers ne sont pas idiots. Ils sont eux aussi allés au Café de la Rue du Mur, initialement pour se couvrir contre le risque de baisse. Ils m'y ont vu, ont compris que j'étais couvert et en ont déduit qu'ils pouvaient monter les prix du marché physique sans craindre de perdre ma clientèle... M. Boulier avait pensé à beaucoup de choses, mais pas à ça. Le marché des salades s'est donc progressivement aligné sur le marché des jetons, et non l'inverse.
- J'aurais dû me méfier ! Il est vrai que, quand on roule avec une assurance tous risques et sans franchise, on se rit des factures de réparation présentée par le garagiste...
- Ce ne sont plus l'offre et la demande champignaciennes qui régissent le prix de la salade, mais les paris effrénés que font en permanence M. Boulier et ses amis, enfermés dans le Café de la Rue du Mur. Et en plus, il n'y a même pas de salade à la carte, là-bas !
- Vous n'avez qu'à arrêter d'acheter des salades sur le marché de Champignac. Le prix s'effondrera et la bande à Boulier reviendra sur Terre.
- C'est une idée, mais je vous ferais remarquer que même à 3 €, vous continuez à m'acheter de la salade. Alors, moi je continue aussi à en acheter... "

Le maire se tut. Comment Champignac pouvait-il ramener le prix de la salade au niveau d'avant l'arrivée du capitalisme financier ? Il n'avait pas envie de se fâcher avec M. Boulier, qui prêtait beaucoup d'argent à sa commune.

"Les salades ne poussent pas jusqu'au ciel", le rassura M. Boulier à qui il avait fait part de ses préoccupations.

"Un jour, un grain de sable de trop fera s'effondrer le tas de sable. Il s'agira alors, pour nous les financiers, de retirer nos billes en perdant le minimum, et le prix de la salade reviendra à une valeur plus proche du marché physique. Regardez donc ce qui s'est passé sur le marché européen de CO2 en 2007 : le prix est passé de 20 € à 0,02 € en un an, soit une division par mille - et cela sans que nous y laissions notre culotte."

par Aerobar Films publié dans : Salades à Champignac
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Lundi 2 juin 2008
Nous avons assez bassiné nos lecteurs avec nos positions pro-bulle en ce qui concerne les matières premières et le pétrole en particulier.

Mais les bubble-skeptics, les sceptiques de la bulle - à ne pas confondre avec les décontractés du gland -  retrouvent ces derniers jours une certaine vigueur, notamment suite à des accusations officielles.

Voyez ces extraits d'un article des Echos datant de lundi dernier. Celui-ci, d'abord :
Michael Lewis, responsable de la recherche matières premières chez Deutsche Bank, rappelle que le long rallye des ressources naturelles a été aussi fort, voire plus robuste encore, chez des produits non cotés à l'instar du molybdène, du cadmium et du ferrochrome que sur les produits cotés comme le pétrole et le cuivre, où « des afflux de capitaux spéculatifs sont possibles ». A son sens, ce simple fait suffit à réfuter l'idée que les spéculateurs ont été la cause première de la hausse des cours des matières premières.
puis celui-là, encore plus péremptoire :
Tsutomu Fujita, chez NikkoCiti, considère que le renchérissement des matières premières est devenu un élément structurel et n'envisage la possibilité de la formation d'une bulle spéculative qu'après la fin de la décennie.
It's BRIC, stupid!

Mais peut-on considérer de telles sources comme suffisamment indépendantes pour porter un jugement faiblement biaisé sur la situation ? Demander son avis à des économistes de banque d'investissement quant à la possibilité de spéculations excessives, c'est comme sonder des chauffeurs de taxi sur le rôle de la voiture dans la pollution urbaine...

Un autre avis autorisé, légèrement plus indépendant :
Il s'agit d'une énorme bulle. Je ne sais pas ce qui va la faire éclater mais, un jour ou l'autre, elle éclatera. Vous ne pouvez pas aller contre l'offre et la demande. Vous ne pouvez pas toujours aller contre les fondamentaux.
Il provient de la bouche de Steve Forbes, directeur de la publication du même nom, et elle date... du 30 août 2005 alors que le baril venait de toucher le niveau des $70. Quelques jours plus tard, le pétrole entamait sa décrue pour retomber aux alentours de $50 en fin d'année.

Il est difficile de croire que le baril est arrivé jusqu'à $70 à cause d'une bulle, puis à quasiment le double à cause de l'offre et la demande. Jusqu'à présent, dans l'histoire des marchés, les choses se passaient dans l'ordre inverse... Alors, concédons-le aux analystes cités plus haut, nous ne sommes pas sur une bulle.

Nous sommes sur une super-bulle.

Et nous laisserons le mot de la fin à Steve Forbes qui, toujours dans sa déclaration d'il y a 3 ans, prédisait :
Je ne pense pas que (le cours du brut) va atteindre les cent dollars mais s'il le fait, le crash sera encore plus spectaculaire...


L'éclatement de la bulle Internet aura alors l'air d'un pique-nique.


par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Lundi 2 juin 2008
Les mauvaises nouvelles fusent à nouveau dans le secteur du transport aérien.

Au niveau mondial, l'ensemble des compagnies aériennes du monde s'apprête à perdre tellement d'argent qu'on se demande s'il se vendra des avions au prochain Salon de Farnborough.

Mais un segment de marché vient de connaître une chute inattendue : celui des compagnies "100% affaires".

Ces transporteurs, qui se nomment SilverJet, L'Avion, MaxJet ou Eos Airlines, misaient sur une clientèle a priori prête à payer le prix fort pour voyager. On pouvait à première vue se dire que la hausse du baril les menaceraient donc moins que les low cost qui écrasent les prix au plus près de leur prix de revient, faisant leurs marges sur les volumes plutôt que sur les prix.

Leur chute récente montre qu'elles étaient en fait encore plus sensibles au baril.

D'abord, la plupart d'entre elles se sont montées rapidement, en achetant d'occasion des avions certes confortables mais gourmands en carburant.

Ensuite, il est probable que leur petite taille ne leur donnait pas la surface financière nécessaire pour couvrir leurs achats de carburéacteur. Elles ont donc été obligés d'acheter leur kérosène au prix fort, à un prix que même le scénario le plus pessimiste de leurs business plans n'osait prévoir.

Alitalia est, toutes choses égales par ailleurs, dans la même situation : comme on ne prête qu'aux riches, plus la compagnie a des difficultés financières, plus son pétrole lui coûte cher.

Moralité : quand on veut transporter la jet-set, il faut en faire partie.



par Aerobar Films publié dans : Air & Espace
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Lundi 2 juin 2008
Notre dernier TOD-bashing concernant le Modèle du Pays Exportateur nous a valu un abondant courrier.

La critique principale que nous avons portée à cette approche est que sa simplicité est telle qu'elle n'a aucun pouvoir explicatif, sans même parler d'un quelconque pouvoir inductif qui est le propre de toute théorie scientifique. La beauté dépouillée de certaines théories ne les rend pas pour autant puissantes. Et une théorie générale ne suffit pas pour passer à l'application concrète : on ne peut (heureusement) pas construire une bombe H en connaissant juste la célèbre équation E=mc² .

La tendance de certains à expliquer une réalité complexe par des modèles trop simples est en fait assez courant en science, suffisamment pour que certains chercheurs pleins d'humour aient tourné en dérision une telle dérive de la démarche scientifique  :
la production laitière d'une ferme était si basse que le fermier envoya une lettre à l'université locale pour solliciter son assistance. Une équipe pluridisciplinaire, dirigée par un spécialiste de la physique théorique, effectua des études approfondies sur le terrain, puis rentra rédiger son rapport. Peu de temps après, le fermier le reçut, l'ouvrit et s'arrêta à la première phrase : « Soit une vache sphérique... »
La dernière newsletter de Colin Campbell (ASPO-Irlande) nous fournit un autre exemple de vache sphérique : son fameux modèle de déplétion, qui vient de repousser à 2008 la survenue du pic pétrolier, après l'avoir annoncé en 2007 dans le numéro d'avant. A moins qu'il ne s'agisse d'un modèle cylindro-gravitaire, plus communément appelé "tirage à pile ou face".

Le troupeau des vaches sphériques ne se limite pas à ses deux exemples : quasiment tous les modèles de déplétion tombent dans cette catégorie, de même que la totalité des "modèles économiques" utilisés par les différentes banques d'investissement ou les agences énergétiques (AIE, EIA), dès lors qu'elles essaient de prévoir le prix du baril à plus de quelques mois.
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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